in

Partis visiter des usines de textile au Cambodge, ces trois jeunes sont revenus bouleversés

Trois jeunes Norvégiens fans de mode ont participé en 2014 à une émission de télé-réalité les envoyant au Cambodge dans le but de leur montrer d’où viennent les vêtements qu’ils achètent régulièrement dans les magasins des grandes enseignes du prêt-à-porter.

En Norvège, Frida, Ludvig et Anniken coulent une vie paisible d’étudiants blogueurs accros au shopping, aux vêtements et autres accessoires de mode. Ils participent alors à « Sweatshop », une émission de télé-réalité diffusée sur le site du quotidien norvégien Aftenposten en avril 2014, destinée à montrer la réalité des usines cambodgiennes où sont produits une grande partie des vêtements du prêt-à-porter. Le petit groupe se confrontera et craquera malgré lui face à un mode de vie inconnu et difficile, étant malheureusement le quotidien de millions de personnes.

Le terme « Sweatshop » désigne également un atelier misérable, mot généralement employé pour décrire les ateliers textiles des années 1930/1940. Il dénonce l’esclavagisme industriel résultant de la révolution industrielle touchant de plein fouet l’industrie textile en particulier.

Le Cambodge est un pays pour lequel les exportations sont très importantes et donc à protéger, selon le gouvernement, tout en restant compétitif afin de ne pas faire fuir les investissements étrangers. Ainsi, les revendications salariales conduisent souvent à des bains de sang, comme au début de l’année 2014 où la police avait tiré sur des manifestants réclamant une hausse de salaire. Un salaire de 102 euros minimum sera finalement instauré en 2015 bien que cela reste insuffisant. Les grandes marques du prêt-à-porter y sont présentes telles que Mango, Zara, Gina Tricot ou H & M, ces enseignes que fréquentent régulièrement les trois Norvégiens dans leur pays.

Frida, Ludvig et Anniken arrivent alors à l’aéroport de Phnom Penh et affichent un air radieux qui ne restera pas, un air suffisant et insouciant qui petit à petit laissera place à une pleine perception de la réalité. Ils ne vont pas tarder à sentir la chaleur et le bruit des ateliers, vivre dans un bidonville et avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins avec un budget très limité. Ils découvrent le minuscule intérieur d’une jeune cambodgienne qu’ils vont suivre dans son quotidien, sa précarité, son inconfort, son usure au travail, en plus de sa difficulté à joindre les deux bouts. Ils se rendent compte petit à petit dans quel environnement vit la population au quotidien et les conditions extrêmement difficiles auxquelles elle est exposée dans le monde du travail, en particulier dans le textile. Les horaires de travail sont infernaux et les travailleurs arrivent sur place parqués dans des camions pleins.

« Le réveil a sonné à 5 h 30. Nous nous sommes levés avec un énorme mal de dos pour aller travailler. J’ai cousu des habits pendant 8 heures. J’ai gagné quatre dollars. Nous sommes des enfants gâtés. J’ai honte », écrira Anniken sur son compte Instagram.

Capture d’écran 2015-03-30 à 18.07.09

Le groupe de jeunes cerne enfin le côté titanesque de l’effort d’une journée de travail dans un atelier, en sachant que des jeunes filles de 14 ans peuvent commencer à y travailler, et ce tous les jours à une cadence folle. Les divers défis soumis aux trois Norvégiens consistent par exemple à devoir faire à manger à huit personnes avec un budget d’une poignée de dollars, ce qui s’avère très compliqué en allant au supermarché par exemple. Ils doivent passer par des locaux afin d’avoir des prix plus bas au marché, mais comprennent qu’ils sont loin de chez eux, de leur confort et de leur pouvoir d’achat, ignorant par exemple le concept de « débrouille ».

« Combien de personnes vont mourir ici chaque année? » est la question que se pose Anniken Jorgensen dans l’émission, faisant face à la caméra les yeux emplis de larmes.

Cette télé-réalité, bien que typiquement romancée, a le bout goût de viser juste en montrant le trop grand écart de richesse et de confort existant. Ce sont ces différences qui ne sont pas évidentes à l’achat d’un vêtement par un Occidental, ces situations de vie quotidienne qu’il faudrait voir (pour beaucoup) de leurs propres yeux pour en saisir toute la gravité et l’indécence. La perception de la répercussion de la consommation en occident est encore peu évidente pour inverser la tendance et revenir à des valeurs plus simples. Quoi qu’il en soit, ce type d’émission peut contribuer à sensibiliser la population sur les impacts sociaux (et écologiques) de leur propre consommation.

Voici le site officiel d’Aftenposten afin de visionner les 5 épisodes de « Sweatshop » sous-titrés en anglais.

Sources : Mr Mondialisation — L’Express — Le Parisien