Repérer une tuile manquante sur un vaisseau qui revient à plus de 20 000 km/h dans l’atmosphère, ça ne se fait pas à l’œil nu depuis le sol. Pour résoudre ce casse-tête, SpaceX a eu une idée aussi simple qu’efficace pour le treizième vol d’essai de Starship : peindre en blanc plusieurs tuiles du bouclier thermique. Plusieurs tuiles de Starship ont été peintes en blanc pour simuler des tuiles manquantes et servir de cibles d’imagerie durant le test. Une astuce low-tech au service d’un problème très high-tech : comment vérifier, en vol, que le bouclier tient bon avant même que le vaisseau ne touche l’eau.
Le principe est presque enfantin. Sur un fond noir uniforme, une tuile blanche ressort immédiatement sur une image, qu’elle soit vraiment absente ou simplement décolorée par la chaleur. SpaceX a peint plusieurs tuiles en blanc pour agir comme des repères de sections manquantes, donnant aux caméras embarquées des points de référence clairs à photographier, une façon peu coûteuse de récolter des images de comparaison sans attendre un démontage complet après l’atterrissage. plutôt que d’attendre que le vaisseau revienne au sol (ou finisse dans l’océan Indien, comme c’est le cas pour ce vol suborbital) pour inspecter les dégâts, les ingénieurs veulent obtenir des données en temps réel, pendant la rentrée elle-même.
À retenir
- Des tuiles peintes en blanc serviront de marqueurs visuels sur le bouclier thermique pendant la rentrée
- Six satellites Starlink V3 embarqueront des caméras pour scanner le bouclier en temps réel
- Des capteurs de charge intégrés mesureront les contraintes physiques exactes subies par chaque tuile
Des satellites Starlink transformés en inspecteurs volants
Le plus étonnant dans cette histoire, c’est le dispositif d’observation choisi. SpaceX n’utilise pas une caméra fixée sur le vaisseau lui-même, mais une partie de sa propre cargaison. Pour la première fois, Starship doit transporter 20 satellites Starlink V3 dans l’espace, dont six ont été modifiés avec une série de caméras pour scanner le bouclier thermique et transmettre les images aux opérateurs, afin de continuer à tester des méthodes d’analyse de l’état du bouclier en vue d’un retour au site de lancement lors de missions futures. Concrètement, six satellites embarqueront un objectif dédié à surveiller Starship pendant que celui-ci encaisse la chaleur de la rentrée, avant de poursuivre leur propre route pour rejoindre la constellation.
C’est presque ironique : la cargaison qui doit générer des revenus pour SpaceX (les satellites Starlink) sert aussi d’outil scientifique gratuit pour surveiller la fusée qui la transporte. Une manière élégante de faire d’une pierre deux coups, sans avoir à développer un satellite d’observation dédié rien que pour ça. Le bouclier thermique reste en effet le point faible historique du programme : la performance du bouclier thermique a été un obstacle persistant pour les ambitions de réutilisation de Starship, et ce vol Starlink V3 ajoute davantage d’instrumentation à cet effort.
Des tuiles à capteurs pour mesurer les contraintes en temps réel
Les tuiles blanches ne sont qu’une partie du dispositif expérimental. SpaceX en profite pour tester de nouvelles fixations et de nouveaux matériaux à des endroits stratégiques du vaisseau. De nouveaux modèles de tuiles et de systèmes de fixation seront testés, y compris sur des sections des volets arrière et de la jupe arrière, là où les contraintes ont tendance à se concentrer pendant la rentrée. Certaines de ces tuiles vont même plus loin que la simple observation visuelle : certaines tuiles incluent désormais des capteurs de charge, qui enregistreront les contraintes physiques subies par le bouclier tout au long du vol plutôt que de s’appuyer uniquement sur une inspection visuelle après le vol.
Ce détail change la donne. Jusqu’ici, l’essentiel de l’analyse se faisait après coup, en épluchant des vidéos ou en examinant les débris récupérés. Avec des capteurs embarqués, SpaceX obtient des chiffres bruts sur les vibrations et les pressions exactes que subit chaque tuile, seconde par seconde. Multiple tuiles seront attachées à la face métallique des volets arrière de Starship, avec des tuiles modifiées et des mécanismes de fixation dans le bouclier couvrant la jupe arrière, pour recueillir des données de vol sur différentes options de fixation ; enfin, le bouclier thermique disposera de tuiles à capteurs de charge pour mesurer la pression dynamique plus élevée subie à l’ascension par rapport aux vols précédents, ce qui impose des contraintes accrues aux fixations en échange d’une capacité de charge utile en orbite plus importante. Le compromis est clair : pousser la fusée plus fort au décollage pour emporter davantage de charge utile, quitte à fragiliser un peu plus l’attache des tuiles.
Un lancement qui se fait attendre
Reste que ce fameux vol 13, censé livrer toutes ces réponses, n’a pas décollé du premier coup. La tentative programmée le 16 juillet à Starbase, au Texas, s’est soldée par un arrêt automatique juste avant l’allumage. Sur les réseaux sociaux, Elon Musk a expliqué que certains moteurs n’ont pas démarré, déclenchant un abandon automatique du lancement, avec une remise en propergol et un prochain essai espéré dans quelques jours. Un contretemps banal dans le monde des vols d’essai, mais qui repousse d’autant l’heure de vérité pour le bouclier thermique repeint de blanc.
Ce nouveau report n’enlève rien à l’enjeu du vol. Un responsable a précisé que SpaceX aurait besoin de réussir son premier vol orbital, le quatorzième test, avant de se diriger vers la Floride pour lancer le quinzième, SpaceX ayant indiqué que si tout se passe bien, la Floride pourrait voir un lancement de Starship plus tard dans l’année. Autant dire que ce treizième vol, avec ses tuiles peintes et ses satellites-espions, n’est pas qu’un simple test de routine : c’est une étape charnière avant que Starship ne quitte enfin le domaine suborbital pour de bon. Si le bouclier tient la distance cette fois, la fusée la plus puissante jamais construite se rapprochera un peu plus de son objectif final, voler souvent, et vite, comme un avion de ligne plutôt que comme un prototype expérimental.
Sources : x.com | generation-nt.com