3 655 mètres sous Folschviller : le puits PTH-2 a chiffré ce que les géologues soupçonnaient depuis des années sur l’hydrogène naturel

Un puits foré à 3 655 mètres sous le sol mosellan vient de confirmer ce que deux chercheurs du CNRS soupçonnaient depuis 2022 : le sous-sol de la Moselle abrite bien de l’hydrogène naturel, et pas seulement en surface. Le puits PTH-2, foré jusqu’à 3 655 mètres, constitue à ce jour le forage dédié à l’hydrogène naturel le plus profond au monde. La Française de l’Énergie (FDE), qui pilote l’opération, a annoncé en mars 2026 que le forage avait atteint tous ses objectifs, entre confirmation de la présence de gaz et collecte de données pour une future certification industrielle.

À retenir

  • Un forage atteint une profondeur jamais explorée pour tracer l’hydrogène naturel : quelles surprises attend-on à cette profondeur ?
  • La concentration d’hydrogène grimpe spectaculairement en profondeur : un signal que personne ne devrait ignorer
  • Un ancien bassin houiller lorrain pourrait renaître sous une forme inattendue : comment ?

Un record mondial de profondeur pour traquer l’hydrogène

Le chantier ne date pas d’hier. Les équipes de la FDE ont construit une plateforme de forage de 41 mètres de haut dans le petit village de Pontpierre, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Metz. Un choix loin d’être anodin : les premiers relevés de 2023, réalisés dans le puits de Folschviller, avaient atteint 1100 mètres de profondeur, un seuil jugé trop faible pour trancher définitivement la question. Grâce à cette nouvelle plateforme, la FDE a pu forer jusqu’à une profondeur de 3655 mètres, soit plus de trois fois plus profond que le forage initial.

Le résultat n’a rien d’anecdotique. Les équipes ont identifié la présence d’hydrogène sur de nombreux intervalles, dans la continuité des résultats obtenus à Folschviller en 2023. Pour arriver à cette conclusion, il a fallu de la méthode : au total, 58 échantillons ont été prélevés en surface et un programme complet de carottages et de mesures géophysiques a été réalisé. Un travail qui a mobilisé du beau monde, puisque RED Drilling, SLB, Baker Hughes et Weatherford ont apporté leur expertise aux opérations et services associés au forage, des noms bien connus de l’industrie pétrolière et gazière internationale.

Tout a commencé par une découverte fortuite

L’histoire vaut le détour, tant elle tient du hasard scientifique. Chercher du méthane et découvrir un potentiel record mondial d’hydrogène : c’est l’histoire improbable qui se joue depuis 2022 sous la petite commune de Folschviller, dans le cadre du programme de recherche Regalor pour évaluer les ressources en méthane issues des anciennes veines de charbon. Deux chercheurs du laboratoire GeoRessources, rattaché au CNRS et à l’Université de Lorraine, installent alors une sonde pour analyser la composition des gaz dissous à différentes profondeurs. Et la surprise est de taille.

En août 2022, les deux scientifiques lorrains ont en effet trouvé à 600 mètres de profondeur une concentration de 99 % de méthane très pure et de 1 % d’hydrogène. Un chiffre qui grimpe ensuite de façon spectaculaire avec la profondeur : selon leurs dernières données, au plus profond du puits de Folschviller, à 1 250 mètres de profondeur, la concentration d’hydrogène s’élèverait proche de 20 %. plus on creuse, plus le gaz semble concentré, un signal qui a mis la puce à l’oreille des géologues et justifié l’investissement dans un forage bien plus profond. C’est d’ailleurs cette logique qui a conduit à imaginer PTH-2 : réaliser un forage profond pour démontrer que la concentration d’hydrogène continue de croître en profondeur, et si tel est le cas, valider la présence d’un gisement exceptionnel d’hydrogène naturel de taille inédite.

Vers le plus grand gisement d’hydrogène naturel au monde ?

Les estimations qui circulent depuis 2023 donnent le vertige. Les scientifiques évoquent un gisement pouvant atteindre 46 millions de tonnes sous le bassin houiller lorrain. Pour mesurer l’ampleur de ce chiffre, il suffit de le comparer à la seule autre exploitation connue au monde : il n’existe aujourd’hui qu’un seul gisement d’hydrogène naturel exploité dans le monde, au Mali, qui produit cinq tonnes par an. L’écart donne le tournis, même si personne ne prétend pouvoir extraire la totalité de la ressource théorique.

Le forage PTH-2 n’est qu’une étape. FDE a d’ores et déjà annoncé la suite des opérations : d’ici fin avril, le puits PTH-2 sera équipé avec la sonde SYSMOG™ afin de réaliser des mesures in-situ de concentration d’hydrogène dissous puis avec la sonde SYSPROG™ afin de tester des membranes destinées à séparer l’hydrogène et l’eau en profondeur. Ces essais de séparation eau-hydrogène, menés avec le partenaire Solexperts et le laboratoire GéoRessources, avec l’appui de Saint-Gobain, constituent une brique technologique indispensable : sans solution efficace pour isoler le gaz dissous dans l’eau souterraine, aucune exploitation commerciale n’est envisageable. En parallèle, l’entreprise mosellane a obtenu un territoire de jeu conséquent puisque, à la suite de l’obtention du plus grand permis européen de recherche exclusif sur l’hydrogène naturel, dit des « 3 évêchés » d’une surface de 2 254 km2, FDE va pouvoir étudier l’ensemble du bassin.

Pour la petite commune de Folschviller, l’enjeu dépasse largement la géologie. La dernière mine de charbon a fermé en 1979 et la ville a depuis perdu un cinquième de sa population. Vingt ans après la fermeture du dernier puits d’extraction, l’ancien bassin houiller lorrain pourrait donc renaître sous une forme inattendue, celle d’une énergie décarbonée puisée dans les mêmes entrailles qui ont longtemps livré du charbon. Reste à savoir si le sous-sol tiendra ses promesses jusqu’au bout : les prochains puits d’évaluation, déjà en préparation sur le vaste périmètre du permis des Trois-Évêchés, devront déterminer si cette réserve exceptionnelle peut réellement être exploitée à l’échelle industrielle, et à quel coût.

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