Fini la batterie collée au fond du smartphone : les fabricants devront bientôt la rendre démontable avec un simple outil de bricolage

Dès le 18 février 2027, tous les smartphones neufs vendus dans l’Union européenne devront pouvoir ouvrir leur capot arrière et changer leur batterie sans passer par un atelier spécialisé. Fini le pistolet à air chaud, les lames fines et la colle industrielle qu’il faut arracher au risque de percer l’écran : le remplacement devra se faire avec des outils du commerce, voire sans aucun outil du tout, exit les outils propriétaires, la colle à tout va ou les pistolets à chaleur.

À retenir

  • Une date butoir approche : qu’est-ce qui change vraiment pour votre téléphone ?
  • Apple et Samsung ont trouvé une échappatoire — mais à quel prix ?
  • Des millions de tonnes de déchets pourraient être évitées par un simple geste

Un règlement européen qui redéfinit l’intérieur des téléphones

Le texte en question, le règlement (UE) 2023/1542, ne concerne pas que les smartphones. Le 10 juillet 2023, le Conseil européen a adopté un règlement complet sur les batteries qui s’étend au-delà des smartphones pour englober tous les appareils portables. Sa philosophie tient en une phrase toute simple : n’importe quel utilisateur, sans formation technique, doit pouvoir sortir la batterie de son téléphone comme on change des piles dans une télécommande. Le règlement de 2027 pose un principe de base : l’utilisateur doit pouvoir retirer et remplacer lui-même la batterie de son appareil avec des outils courants. Un tournevis standard suffit. Si un outil spécifique est nécessaire, le fabricant doit le fournir gratuitement avec le produit.

Le calendrier est fixé noir sur blanc. Le règlement de 2027 pose un principe de base, et l’échéance ne bougera pas : dès le 18 février 2027, l’Union européenne exigera que tous les nouveaux smartphones vendus sur son territoire intègrent une batterie facilement remplaçable par l’utilisateur. Le texte va d’ailleurs plus loin que la seule question du démontage. Les constructeurs auront l’obligation de garantir la disponibilité des pièces détachées, y compris les batteries, pendant 7 ans après la fin de la commercialisation d’un modèle, tandis que les mises à jour de sécurité et de système devront être assurées pendant au moins 5 ans. Une durée qui change franchement la donne : jusqu’ici, dénicher une batterie d’origine pour un modèle vieux de trois ou quatre ans relevait parfois du parcours du combattant.

La faille qui pourrait sauver les iPhone et Galaxy scellés

Voilà où le bât blesse pour ceux qui espéraient voir revenir les coques amovibles façon années 2000. Le règlement prévoit une porte de sortie pour les fabricants qui préfèrent miser sur l’étanchéité plutôt que sur le bricolage maison. Une exception est prévue : si un appareil est certifié au minimum IP67 et que sa batterie conserve 80 % de sa capacité après 1 000 cycles de charge, alors le remplacement direct par l’utilisateur n’est plus obligatoire, ce qui ouvre la voie à des smartphones premium toujours scellés, mais plus durables et mieux conçus pour la réparation par des professionnels.

Concrètement, ça signifie qu’Apple, Samsung ou Google pourront continuer à vendre des téléphones au châssis en verre et métal, à condition que la batterie tienne beaucoup plus longtemps qu’aujourd’hui sans se dégrader. C’est un compromis assez malin de la part de Bruxelles : plutôt que d’imposer un design unique à toute l’industrie, le règlement pousse les marques à choisir leur camp. Soit elles jouent la carte de la batterie facile à sortir soi-même, soit elles investissent dans une chimie de batterie nettement plus robuste. Les smartphones d’entrée et de milieu de gamme, eux, ont moins de raisons de viser la certification IP67 haut de gamme et devraient logiquement basculer vers des dos amovibles plus classiques.

Une réponse à une montagne de déchets électroniques

Derrière la technicité du texte se cache un vrai problème de société. L’Union européenne cherche avant tout à limiter le gâchis lié à des appareils encore fonctionnels qu’on jette simplement parce que leur batterie ne tient plus la charge. L’UE cherche à réduire les 5 millions de tonnes de déchets électroniques générés chaque année en Europe, dont moins de 40 % sont recyclés. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait qu’une bonne partie de ces déchets pourrait être évitée avec un simple remplacement de batterie à dix ou vingt euros.

Certains fabricants n’ont d’ailleurs pas attendu la date butoir pour s’adapter, preuve que la contrainte n’a rien d’insurmontable techniquement. Certains acteurs n’ont pas attendu la date butoir : Sennheiser vient de lancer le Momentum 5, un casque supra-aural dont la batterie se remplace avec un simple tournevis Phillips. Et dans le même esprit, Fender avait devancé la réglementation quelques mois auparavant avec ses Mix. Des exemples qui montrent qu’une conception réparable ne condamne pas forcément un produit à ressembler à un vieux Nokia bardé de vis apparentes.

Tout n’est pas encore gravé dans le marbre, cependant. Certains points de flou subsistent, et ils sont loin d’être anecdotiques pour les consommateurs. Deux autres points restent encore imprécis, notamment la définition d' »outils commercialement disponibles » et le prix « raisonnable » des pièces de rechange, des notions que la Commission européenne devra affiner avant l’échéance. Le sort des objets connectés minuscules, montres et trackers en tête, fait aussi débat : les industriels avancent que les montres connectées, des trackers fitness ou des lunettes intelligentes ont des batteries trop petites pour être manipulées sans risque d’endommagement, un argument que réfute la coalition Right to Repair Europe, laquelle pointe par exemple la Pixel Watch 4, dont la batterie est déjà amovible. Preuve, s’il en fallait une, que la miniaturisation n’est pas toujours l’obstacle technique qu’on prétend.

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