Le ZooParc de Beauval ne construira pas son bassin géant pour dauphins. Rodolphe Delord, le directeur de la structure, a annoncé mardi 25 août 2026 à l’AFP et sur les réseaux sociaux du parc renoncer à son projet de bassin dédié notamment aux cétacés du Marineland d’Antibes, fermé en janvier 2025. Fini donc l’idée d’un centre sans spectacle mais pas franchement paisible pour autant : les douze dauphins concernés se retrouvent aujourd’hui sans destination claire, et leur « retraite » ressemble davantage à un aller simple vers l’inconnu qu’à un havre de paix.
À retenir
- Un projet pharaonique évalué à 45 millions d’euros s’effondre sous le poids des incertitudes financières
- Huit dauphins piégés en Espagne dans un parc aux pratiques non encadrées par la loi française
- Les associations opposées au projet héritent d’une responsabilité morale : trouver une meilleure solution
Un projet pensé comme une alternative aux delphinariums classiques
Tout part de la loi du 30 novembre 2021 sur la maltraitance animale. Ce texte prévoit notamment la fin progressive des spectacles de cétacés en France et encadre de manière stricte les conditions de détention de ces espèces en captivité. Marineland d’Antibes, incapable de s’y conformer, a fermé ses portes début 2025, laissant une douzaine de dauphins sans toit. L’État s’est alors tourné vers Beauval, sollicité pour imaginer une solution inédite en Europe.
Le projet, baptisé Centre d’Études, de Recherche Scientifique et de Sauvegarde pour Dauphins, devait tourner le dos aux delphinariums traditionnels. Une fois validé, ce nouvel espace pourrait accueillir au printemps prochain une vingtaine de dauphins dans dix bassins et trois lagons, sur une surface de 2,5 hectares. Rodolphe Delord avait pris soin d’insister sur la vocation non commerciale du lieu : il certifiait qu’il n’y aurait « pas spectacle » et promettait « un centre de recherche pour ces animaux ». Le parc s’était même engagé sur une charte excluant l’insémination artificielle et bloquant la reproduction à court et moyen terme, avec la possibilité d’orienter certains individus vers des sanctuaires en cas de rejet social au sein du groupe.
Sur le papier, l’ambition dépassait le simple accueil de réfugiés du Marineland. Le centre devait aussi jouer un rôle européen de référence en matière de bien-être des cétacés captifs, en partageant son expertise avec d’autres établissements du continent. De quoi séduire certains observateurs, mais loin de convaincre tout le monde : les associations de défense animale, elles, n’ont jamais cru à la promesse d’un bassin « différent des autres ».
La facture explose, l’État ne garantit rien : le projet s’effondre
Ce qui a fait basculer la décision, c’est d’abord une question d’argent. Si le chantier était initialement estimé entre 25 et 30 millions d’euros, il a récemment été réévalué à 45 millions d’euros. Un dérapage de près du double, dans un contexte où l’État n’a jamais mis la main au portefeuille comme espéré. Rodolphe Delord a été très clair sur ce point auprès de l’AFP : « Les incertitudes juridiques et financières qui pèsent aujourd’hui sur le projet ne nous permettent pas de le mener dans des conditions acceptables », évoquant également « le refus du gouvernement qu’une partie du financement puisse bénéficier d’une garantie de l’État ».
À cette équation financière déjà compliquée s’ajoutaient les recours en justice engagés par des opposants au projet, qui ont fini de plomber sa faisabilité. Le directeur du parc n’a pas caché son amertume face à ceux qui militaient contre le delphinarium, tout en tenant à défendre le sérieux de sa démarche : « Beaucoup de ces dauphins, âgés, n’étaient pas en capacité de se reproduire et la contraception nuit à la vie sociale d’une famille », s’est-il défendu. Il a aussi mis en garde ceux qui célèbreraient l’abandon comme une victoire : « ceux qui se sont opposés portent désormais une responsabilité morale » et devront proposer une solution « qui soit au moins aussi bonne pour les animaux ».
Espagne, Asie, sanctuaires : l’avenir flou de douze dauphins
Le problème, c’est que huit des douze pensionnaires du Marineland ont déjà quitté la France. Huit des douze dauphins du Marineland ont été transférés en Espagne en juillet, dans un parc à Benalmádena, près de Malaga, dans le sud de l’Espagne. Ce déplacement n’était censé être qu’une étape transitoire, en attendant l’ouverture du bassin de Beauval. Un déplacement qui devait être une phase provisoire avant qu’ils ne reviennent ensuite en France, pour investir le nouveau bassin créé au ZooParc de Beauval. Mais ce bassin n’existera jamais.
Résultat : ces animaux se retrouvent coincés dans un parc espagnol dont les pratiques ne sont pas encadrées par la législation française. La Fondation 30 Millions d’Amis, via sa porte-parole Lorène Jacquet, s’inquiète ouvertement du sort qui leur est réservé : « Ces animaux pourraient malheureusement continuer d’être exploités pour les spectacles et la reproduction en Espagne ou ailleurs, alors qu’avec davantage d’anticipation et de concertation, ils auraient certainement pu être placés dans un lieu de retraite adapté pour un repos bien mérité. » Rodolphe Delord partage cette crainte, redoutant même un scénario bien plus radical pour les dauphins restés sans solution. Il redoute notamment que certains dauphins soient envoyés en Asie, dans des hôtels ou des parcs d’attractions, faute d’alternative européenne.
Du côté des associations qui combattaient le projet, on savoure malgré tout ce dénouement. One Voice a salué la décision du directeur de Beauval, la qualifiant de « décision de raison », tout en rappelant sa position de fond : « Ouvrir un troisième delphinarium en France en 2026 était un anachronisme, à contre-courant de ce qui se passe partout dans le monde. » Un argument qui ne résout en rien le dilemme concret posé par douze mammifères marins, nés ou grandis en captivité, incapables de survivre en milieu naturel et désormais sans point de chute stable en France.
Reste une piste presque totalement absente des annonces officielles : celle des sanctuaires marins, ces vastes enclos en mer semi-naturels où les cétacés retraités pourraient vivre sans spectacles ni reproduction forcée, mais aucun projet de ce type n’existe aujourd’hui à une échelle suffisante en Europe pour accueillir tout un groupe de douze individus. En attendant qu’une solution émerge, ce sont les dauphins eux-mêmes qui paient le prix de cette impasse politique et financière, ballottés d’un pays à l’autre sans qu’aucune administration ne tranche vraiment leur sort.
Sources : 30millionsdamis.fr | jeanmarcmorandini.com | actus.zoobeauval.com