Derrière les vitrines décorées de cœurs en plastique et les étalages de roses standardisées se cache une époque où l’amour se vivait avec une poésie que nous avons complètement oubliée. En 1400, le roi de France Charles VI choisit le jour de la Saint-Valentin pour fonder une « cour d’amour » ou « cour amoureuse », c’est-à-dire un cercle poétique, variante de « l’amour courtois médiéval », bien loin de nos dîners formatés aux chandelles.
Le valentinage : quand l’amour était un art de vivre
Imaginez une époque où célébrer l’amour durait toute une année, pas seulement le temps d’un repas. La coutume du « Valentinage » est née dans l’aristocratie anglaise à la fin du Moyen Age. Cela consistait à associer des couples désignés par le hasard pour une journée, voire un an. Ils avaient des obligations l’un envers l’autre. Le Valentin et sa Valentine devaient s’offrir en secret des petits cadeaux et se faire des galanteries.
Cette tradition était infiniment plus raffinée que nos échanges commerciaux actuels. Les couples ainsi formés développaient une relation courtoise faite d’attentions délicates, de poèmes personnalisés et de gestes symboliques réfléchis. Après tirage au sort, le hasard rapprochait ainsi un Valentin d’une Valentine en formant des couples qui contractaient pour l’année « d’étroits rapports d’amitié ». Le Valentin devait porter tout ce temps sur son cœur ou sur son bras le billet de sa Valentine et se faisait « une profession particulière de la servir, de la mener aux promenades, aux assemblées, aux bals, sans oublier de lui faire divers présents ».
Les processions amoureuses et les jeux de séduction oubliés
Des processions étaient même organisées pour célébrer les amoureux. Des parties de cache-cache entre célibataires étaient destinées à permettre à chacun de trouver l’âme sœur. Ces rituels collectifs transformaient la quête amoureuse en véritable événement social, où toute la communauté participait à la célébration des cœurs épris.
En Lorraine, une tradition appelée la Saudée donnait lieu à des scènes dignes d’un roman de chevalerie. Le 14 février, les jeunes hommes se réunissaient pour s’amuser à former des couples, dont ils proclamaient l’union sur la place publique. Ils inscrivaient le nom de l’élue de leur cœur sur une liste. Une fois le couple faussement fiancé, le Valentin devait offrir des petits cadeaux pendant un an à sa Valentine. Lorsqu’une jeune fille était choisie par plusieurs garçons, ils devaient plaider leur cause devant un « tribunal ». Pour consoler les couples parfois mal assortis, une loterie de bouteilles de vin venait réchauffer les cœurs à l’issue de la fête populaire.
Les superstitions romantiques qui guidaient les cœurs
Nos ancêtres avaient développé tout un art divinatoire autour de l’amour, bien plus poétique que nos applications de rencontre. C’est aussi le 14 février, que les jeunes filles essayaient de deviner comment serait leur futur mari. Pour cela elles regardaient les oiseaux. Un chardonneret promettait le mariage avec un homme fortuné. Un rouge-gorge prédisait le mariage avec un homme portant l’uniforme (marin ou militaire) Un moineau assurait un mariage heureux, mais avec un homme pauvre. Mais, il fallait surtout que la jeune fille évite d’entrevoir le jour de la Saint Valentin, un écureuil, signe d’un mariage avec un avare, qui s accaparerait toute sa fortune.
En Angleterre, la tradition de la Saint-Valentin veut que les femmes placent cinq feuilles de laurier sous leur oreiller, deux de chaque côté et une au milieu, pour rêver de leur futur mari. Cette pratique, empreinte d’une douceur contemplative, transformait la nuit précédant la Saint-Valentin en moment de méditation amoureuse.
Les symboles perdus d’un romantisme authentique
Certaines traditions nous rappellent que l’amour se nourrissait jadis de symboles profonds. Il est dit que Julia planta, près de la tombe de Valentin, un amandier. L’arbre est depuis ce jour, un symbole de l’amour et d’amitié. Un amandier est planté sur la tombe de Valentin de Terni (saint Valentin) par la fille qui l’aimait et à laquelle il avait rendu la vue. Cette légende touchante associe l’amour au réveil de la nature, l’amandier étant le premier arbre à fleurir au printemps.
Au Pays de Galles, une tradition remarquable perdure encore timidement : Une tradition du XVIe siècle au Pays de Galles avait également pour objet d’échanger des cuillères en bois sculptés à la main en guise de cadeau de Saint-Valentin. Cette tradition puiserait ses origines dans l’histoire maritime du pays pendant laquelle les marins confectionnaient des cadeaux tout au long de leur voyage en mer. Aujourd’hui, il est encore possible de voir et d’acheter ces cuillères d’amour qui sont des présents particulièrement sentimentaux.
Ces cuillères, appelées « love spoons », portaient des gravures aux significations précises : une cloche symbolisait une demande en mariage originale, une serrure la sécurité et la durabilité du couple. Chaque motif racontait une histoire, transformant l’objet du quotidien en déclaration d’amour personnalisée.
Face à l’uniformisation croissante de nos expressions amoureuses, ces traditions oubliées nous rappellent qu’il existait un temps où célébrer l’amour demandait créativité, patience et poésie. À travers l’amour courtois, les gestes d’hommage, la poésie galante, on assiste à l’émergence d’un culte de la femme idéalisée, tout comme d’une vénération de l’acte amoureux. Le 14 février devient ainsi la date privilégiée où l’on peut déclarer sa flamme, parfois publiquement, parfois de façon plus secrète. L’important reste de souligner l’intensité du sentiment et de respecter les codes de la politesse et du raffinement en usage dans la haute société. Peut-être est-il temps de puiser dans cette sagesse ancestrale pour réenchanter nos déclarations d’amour contemporaines.