Comment photographier une aurore boréale : réglages, matériel et erreurs courantes

Quand le rideau vert se déploie dans le ciel nocturne, l’envie de saisir la scène avec son appareil est irrépressible. Mais entre la première impulsion et une photo qui rend vraiment justice au phénomène, il y a tout un monde de réglages, de préparation et de petits pièges à éviter.
La photo d’aurores boréales est parmi les plus difficiles : ça change tout le temps, c’est de nuit, il faut du matériel spécifique, tout en mode manuel, et les paramètres doivent évoluer sans cesse car les aurores changent de rythme et de formes, apparaissant et disparaissant très rapidement.
Ce guide vous donne les clés pour ne pas arriver les mains vides sous la voûte polaire, que vous soyez en Laponie, en Islande, ou même en France lors d’une tempête solaire exceptionnelle. Pour tout comprendre sur ce phénomène et savoir où l’observer, consultez d’abord notre dossier sur l’aurore boreale france.

Quel matériel pour photographier une aurore boréale ?

Pour photographier les aurores boréales, il faut un appareil capable de gérer une sensibilité ISO élevée sans trop de bruit et d’offrir une bonne qualité d’image en basse lumière. Les appareils reflex ou hybrides sont généralement les meilleurs choix pour ce type de photographie.
Cela dit, tout n’est pas une question de budget.
Il est indispensable d’avoir un appareil avec lequel on peut régler le temps de pose et monter en sensibilité, mais cela ne veut pas dire qu’il est impératif d’avoir le dernier reflex haut de gamme hors de prix : ce sera simplement plus facile d’obtenir de belles photos dans de bonnes conditions.

La question du format de capteur a son importance :
un hybride plein format est idéal pour sa gestion du bruit en haute sensibilité ISO, mais un reflex APS-C peut suffire si vous respectez les bons réglages.

La plupart des smartphones actuels peuvent même prendre d’excellentes photos d’aurores boréales. Il faut tout de même utiliser un trépied ou une pince, et si l’appareil dispose de réglages manuels, régler la vitesse d’obturation entre 2 et 30 secondes.

L’objectif : priorité absolue à la lumière et au grand angle

Les aurores boréales étant plutôt gigantesques, il est préférable d’utiliser un grand-angle le plus large possible afin de cadrer à la fois suffisamment de ciel et encore assez de premier plan terrestre.

En plein format, les focales comprises entre 11 mm et 24 mm permettent de capturer à la fois le paysage et l’amplitude du phénomène dans le ciel. Sur APS-C, les focales utiles se situent entre 10 mm et 16 mm.

L’ouverture est l’autre critère décisif.
Une ouverture de f/2.8 est généralement considérée comme le maximum conseillé pour capter suffisamment de lumière. Si vous disposez d’un objectif ouvrant à f/2, f/1.8, f/1.4 ou f/1.2, c’est encore mieux : ces ouvertures permettent d’utiliser des temps de pose plus courts lorsque les aurores sont rapides. Entre f/3.5 et f/4, ça commence à se compliquer, mais ce n’est pas impossible. Au-delà, ce n’est plus vraiment jouable, surtout lorsque les aurores sont rapides.

Trépied, batteries et accessoires : les indispensables du froid

Sans trépied, inutile d’aller plus loin. La pose longue est indispensable pour photographier les aurores boréales : les temps de pose utilisés sont bien trop longs pour être réalisés à main levée. Le trépied doit être stable même en cas de vent léger, et capable de supporter l’objectif le plus lourd.
Sur terrain neigeux,
la neige glisse et s’enfonce, ce qui rend le sol peu stable. Si le trépied n’est pas stable, les photos seront floues.

Les batteries méritent une attention particulière.
Le froid polaire est une raison sérieuse d’avoir au moins deux batteries. Le froid engourdit les batteries, qu’elles soient pour un appareil photo, un téléphone ou tout autre appareil.

Une bandelette chauffante à enrouler autour de l’objectif s’avère utile, sans quoi on risque de se retrouver avec une lentille frontale pleine de buée au bout d’une heure ou deux.
Pensez aussi à la télécommande de déclenchement :
elle permet de déclencher à distance. Sans télécommande, le retardateur de l’appareil fait l’affaire, en ayant relevé le miroir au préalable, pour éviter toute vibration susceptible de créer du flou.

Paramètres de prise de vue : les réglages qui font tout

Photographier une aurore boréale implique de travailler en vitesse lente, à pleine ouverture et en valeur ISO élevée.
Ces trois paramètres fonctionnent ensemble et s’équilibrent. Voici comment les maîtriser.

ISO, ouverture et vitesse d’obturation : le triangle d’exposition nocturne

Pour les ISO,
commencez par identifier la valeur la plus élevée que votre appareil est capable de gérer sans engendrer une formation excessive de bruit. Pour certains appareils (anciens généralement), le bruit peut apparaître dès 400 ISO, alors que d’autres supportent 3200 ISO sans problème.

La sensibilité ISO est un facteur important. Utiliser une sensibilité élevée, généralement entre 1600 et 6400, permet de capter le plus de lumière possible sans trop de bruit.

La vitesse d’obturation n’est pas fixe : elle dépend de l’activité de l’aurore.
Pour une aurore vive et active, essayez une vitesse d’obturation de 5 à 10 secondes ; pour une aurore lente, de 12 à 20 secondes ; pour une aurore faible, portez la vitesse d’obturation à 20-25 secondes.
Attention au temps trop long :
au-delà de 20 à 30 secondes, il est probable que les mouvements de l’aurore boréale disparaissent pour ne laisser qu’un fondu de couleurs, ou que les étoiles forment de courtes traînées lumineuses. Si cet effet n’est pas voulu, il faut diminuer le temps de pose.

Pour l’ouverture, la logique est simple :
ouvrir le diaphragme au maximum pour laisser passer un maximum de lumière à travers l’objectif, c’est-à-dire abaisser la valeur f/ au minimum.
Si vous intégrez un premier plan proche,
attention à la profondeur de champ, qui devient très réduite lorsque l’on ouvre fortement le diaphragme. Si le premier plan manque de netteté, fermer légèrement jusqu’à f/2.8 permet de récupérer un peu de profondeur de champ sans trop sacrifier la luminosité.

Focus manuel : la mise au point sur l’infini

Dans l’obscurité, l’autofocus des boîtiers reflex est inopérant et il faut pourtant assurer une mise au point précise sur l’infini.
La méthode est simple :
passez en mise au point manuelle et utilisez le zoom en mode liveview pour viser une étoile brillante et régler au mieux.

Une mise au point incorrecte ne se rattrape pas au post-traitement, même en RAW. Il est donc essentiel d’y consacrer quelques instants avant de commencer. La méthode la plus fiable consiste à utiliser une étoile brillante.

Pensez également à
désactiver la stabilisation de l’objectif ou du boîtier, en pose longue et sur un trépied, car la stabilisation est inutile et pourrait rendre les photos floues.
Autre point souvent négligé :
régler la balance des blancs sur « lumière du jour » pour que les couleurs des photos ne soient pas trop jaunes ou bleues.

Préparation et repérage avant la séance photo

L’erreur la plus répandue chez les amateurs est d’arriver sur place en espérant improviser.
La règle d’or est de connaître parfaitement son équipement. Dans le cas contraire, lorsque vous installerez votre trépied pendant une aurore boréale, vous perdrez beaucoup de temps précieux, alors que vous auriez pu simplement observer la première aurore. Être capable de manipuler à l’aveugle son appareil photo et ses accessoires est la base.

Pour les prévisions,
la présence d’une activité solaire est la première condition pour observer les aurores boréales. Quand il y a une explosion solaire, cela génère des vents solaires qui mettent 2 à 4 jours à impacter la Terre. On peut les prédire grâce à des satellites performants. Des applications comme Spaceweather donnent des indicateurs comme l’indice Kp, représentatif de l’activité aurorale, et fournissent des alertes.
Retrouvez le détail de ces outils dans notre article sur la prevision aurores polaires indice kp.

Le choix du lieu compte autant que les réglages.
Pour réaliser de belles photographies d’aurores boréales, il faut à tout prix s’éloigner des villes et de leur pollution lumineuse.

Les lacs, les montagnes ou les plages peuvent offrir des points de vue exceptionnels et permettre des compositions uniques pour les photos.

Comme il est difficile de cadrer et faire une bonne composition dans l’obscurité totale, il est recommandé de repérer le lieu idéal pendant la journée, en intégrant des éléments du paysage. Choisissez de préférence un endroit dégagé avec une montagne, une maison ou un autre objet à mettre en avant-plan pour donner un ordre de grandeur à la photo.

Côté sécurité et confort,
photographier les aurores est une activité statique : on ne bouge pas beaucoup pendant plusieurs heures. On ne profite pas du spectacle si le froid gagne trop vite. Il faut s’équiper plus chaudement qu’un observateur classique qui rentrera plus fréquemment au chaud.
Un thermos de boisson chaude, des chaufferettes pour les mains et une lampe frontale à lumière rouge (pour préserver la vision nocturne) font partie des accessoires à ne pas oublier.

Erreurs courantes à éviter

La plus coûteuse en qualité d’image reste l’ISO trop élevé couplé à une sous-exposition.
Les appareils photo ont des limites et si on les dépasse, ça dégrade joliment la photo.
L’erreur inverse existe aussi : monter les ISO à fond par réflexe, puis se retrouver avec une photo surexposée.
Il vaut mieux privilégier l’augmentation du temps d’obturation à l’augmentation de la sensibilité. Cette dernière dégrade la qualité de la photo.

La condensation sur l’objectif est un piège classique, souvent ignoré au moment du retour au chaud.
Laisser l’appareil photo enfermé dans son sac au retour permet de le réchauffer tout doucement. Cela évite le choc thermique qui pourrait être néfaste, et empêche la formation de buée sur les objectifs.
Dans l’autre sens, sortir un appareil chaud dans un air à −20 °C peut provoquer instantanément du givre sur les optiques. La transition doit toujours être progressive.

Au niveau du post-traitement,
il faut sélectionner le mode de prise de vue RAW. On a alors plus de facilité à reprendre les photos en post-traitement si besoin.

Utiliser les outils saturation et brillance avec parcimonie permet de faire ressortir les couleurs naturelles des aurores boréales sans leur donner une teinte artificielle.

Il peut être utile de sous-exposer légèrement pour conserver les détails dans les hautes lumières, surtout si l’aurore est très lumineuse. Le bruit peut être réduit en post-production, mais les aurores surexposées sont difficiles à restituer.

Astuces pour réussir ses photos d’aurores boréales

La différence entre une bonne photo et une image mémorable se joue souvent dans la composition.
Une aurore boréale n’est pas un sujet photographique à elle seule. C’est un élément spectaculaire qui vient enrichir une composition, mais qui ne peut pas porter une image à lui seul.

Il faut toujours relier le ciel et la Terre : inclure au moins un élément terrestre dans la composition.
Une rivière gelée qui reflète le vert, une silhouette d’arbre enneigé, une cabane avec une fenêtre éclairée :
essayer de combiner les aurores avec un paysage ou un sujet agréable. La seule lumière verte sur une photo offre peu de valeur ajoutée.

Pour le time-lapse, la technique est à la fois simple et addictive.
Il consiste à faire une photo à intervalles réguliers pour en faire un film qui paraîtra être en accéléré.

Une fois la composition et les réglages faits, lancer des rafales permet de profiter du spectacle. La série de photos permet de réaliser un timelapse, et certaines photos seront meilleures que d’autres car elles captent ce bref moment pendant lequel l’aurore était la plus spectaculaire.

Photographiez toujours au format RAW pour conserver une flexibilité de retouche totale. Si vous disposez d’un deuxième appareil photo, vous pouvez le régler pour un time-lapse pendant que vous vous concentrez sur les photos.

Enfin, une astuce méconnue :
un gros indice Kp ne garantit pas une aurore boréale, et de nombreuses aurores de faible intensité restent photographiables. Ces aurores seront moins impressionnantes, voire invisibles à l’œil nu, mais les capteurs des appareils sont plus sensibles à ces couleurs que nos yeux.
Sortez quand même. Les résultats surprennent souvent.

FAQ : vos questions fréquentes sur la photographie des aurores

Quels réglages utiliser pour photographier une aurore boréale ? Passez en mode manuel, ouvrez à f/1.8 ou f/2.8 selon votre objectif,
réglez la vitesse d’obturation entre 5 et 30 secondes selon l’activité de l’aurore,

et utilisez une sensibilité généralement comprise entre 1600 et 6400 ISO.
Faites la mise au point manuellement sur une étoile et shootez en RAW.

Peut-on capturer une aurore boréale sans appareil photo professionnel ? Oui.
Les smartphones très perfectionnés peuvent suffire pour prendre des photos d’aurores.
La condition sine qua non reste le mode manuel et un trépied pour stabiliser l’appareil. Un reflex d’entrée de gamme ou un hybride APS-C donneront des résultats plus fins, mais le matériel ne fait pas tout.

Quels sont les risques et erreurs à éviter en photographiant des aurores ? Les principaux pièges sont : ISO trop élevé dégradant l’image, autofocus laissé activé en pleine nuit (photos floues), condensation ou givre sur l’objectif lors des transitions thermiques, batterie déchargée par le froid, et stabilisation optique non désactivée sur trépied.
Désactiver la stabilisation en pose longue sur trépied est indispensable.

Liens utiles, applications et ressources pour aller plus loin

Photographier une aurore boréale commence bien avant la mise en veille du mode automatique. La préparation passe par une surveillance constante de l’activité solaire, une compréhension des indices géomagnétiques et une connaissance des meilleures fenêtres d’observation. Pour cela, notre guide sur l’astronomie phenomenes celestes vous donne les bases pour décrypter le ciel nocturne dans toute sa complexité.

Si vous cherchez à observer une aurore depuis l’Hexagone, les événements des dernières années ont prouvé que c’est possible, notamment lors de tempêtes solaires puissantes. Notre article aurore boreale en france quand détaille les périodes et conditions à réunir pour maximiser vos chances.
Le Soleil est surveillé par plusieurs satellites qui renseignent sur les évolutions qui agitent notre étoile. Une météo solaire peut ainsi être recueillie sur des sites spécialisés. On peut y étudier l’évolution du vent solaire en vitesse et densité, et obtenir des informations sur les événements solaires susceptibles de déclencher une perturbation géomagnétique.

Au bout du compte, la photographie d’aurores boréales est peut-être l’une des rares disciplines où la technique finit par s’effacer devant l’émotion brute. On perfectionne les réglages, on optimise la composition, on anticipe le Kp, et puis l’aurore apparaît, change de forme en quelques secondes, explose en vert et en rouge sur tout le ciel. Et là, souvent, on pose l’appareil quelques instants. Parce que certains spectacles méritent d’abord d’être vécus les yeux grands ouverts.

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