Ce village français vend ses maisons 1€, mais personne ne tient la condition imposée plus de 2 mois

L’offre paraît irrésistible : acquérir une maison pour seulement un euro symbolique. Depuis quelques années, plusieurs communes françaises tentent cette stratégie audacieuse pour lutter contre la désertification et redonner vie à leurs centres-villes. Mais derrière cette promesse alléchante se cache une réalité bien plus complexe qui décourage la plupart des candidats avant même qu’ils ne franchissent le pas.

Le phénomène des maisons à 1 euro s’est développé en France à partir de 2018, inspiré par les initiatives italiennes comme celle de Gangi en Sicile, où 80 biens ont trouvé preneur. À Saint-Amand-Montrond dans le Cher ou encore à Saint-Chamond dans la Loire, plusieurs maires ont décidé de mettre le pied à l’étrier. L’exemple le plus médiatisé reste celui de Roubaix, où 13 maisons « avec travaux » ont trouvé preneur sur les 17 mises en vente à l’euro symbolique.

Des conditions drastiques qui découragent les plus motivés

Si l’euro symbolique fait rêver, la réalité rattrape vite les candidats. Il est demandé aux personnes qui candidatent d’être primo-accédants, d’engager des travaux dans les 6 mois, de s’engager à vivre plusieurs années dans le bien et de ne pas le revendre rapidement. À Saint-Amand-Montrond, les nouveaux propriétaires disposent de trois ans pour réaliser les travaux et s’installer durablement, avec l’engagement d’y rester au moins dix ans.

Ces contraintes temporelles et résidentielles sont loin d’être anodines. Elles impliquent un changement de vie radical pour des acquéreurs qui doivent souvent quitter leur région d’origine, abandonner leur emploi et s’installer dans des communes souvent isolées. Pour beaucoup, l’idée séduisante au départ devient rapidement un piège doré.

Le véritable défi réside dans les coûts cachés. Ces maisons demandent de faire d’importants travaux de rénovation qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. À Saint-Amand-Montrond, une maison a été vendue à 1€ avec une proposition d’aménagement estimée à 127 800€. Désamiantage, gros œuvre, charpente, électricité et plomberie sont au menu des travaux.

Quand la théorie se heurte à la pratique

L’exemple concret de Saint-Amand-Montrond illustre parfaitement les difficultés rencontrées. Lisette Parotte avait été choisie pour acheter la première maison à 1 euro, de 90 m² au printemps 2022, mais elle n’y habite toujours pas. Les travaux ont commencé en janvier cette année. La facture devrait être d’environ 80 000 euros, mais on a eu 50 000 euros de subventions. Cette famille a finalement réussi son pari, mais après des mois de démarches et d’attente.

D’autres histoires sont moins heureuses. Pour ce couple, les défis ont commencé dès les premiers jours. Les coûts de rénovation se sont rapidement accumulés, dépassant de loin les attentes initiales du couple. La mairie, qui avait initialement soutenu leur projet, a commencé à imposer des délais stricts pour la réalisation des travaux. Pour ce couple, ce qui semblait être une opportunité unique s’est transformé en une expérience coûteuse et stressante.

Le problème de financement constitue un autre obstacle majeur. Il est possible de faire un prêt immobilier uniquement pour les travaux, mais ce n’est pas évident. Tout dépend de la valeur du bien après rénovation. Les banques rechignent souvent à prêter pour des biens dans un état catastrophique, même avec la promesse d’une future rénovation.

Des échecs qui s’accumulent en Europe

La France n’est pas la seule à connaître des difficultés avec ce concept. Sur le site Internet de la ville de Carrega Ligure, dans le Piémont, on trouve depuis 2010 une rubrique intitulée « Casa ad 1 euro ». Mais l’opération s’est soldée par un échec, que la municipalité justifie par deux « difficultés insurmontables » : des problèmes de cadastre et surtout l’impossibilité de retrouver les descendants des propriétaires des maisons abandonnées.

En Sicile, le village de Salemi avait lancé une opération ambitieuse en 2008. Son plan : restructurer le centre-ville et racheter des habitations inoccupées pour les brader à un euro, avant que leurs nouveaux propriétaires ne les rénovent dans un délai maximum de deux ans. Mais cette initiative s’est heurtée à des obstacles imprévus et n’a jamais vraiment décollé.

Ces expériences européennes montrent que l’attrait du prix symbolique ne suffit pas à garantir le succès de ces opérations. Les contraintes administratives, les difficultés de financement et les conditions drastiques imposées découragent la plupart des candidats pourtant initialement enthousiastes. Ce qui devait être une solution miracle pour revitaliser des territoires en déclin révèle ses limites face à la complexité de la rénovation immobilière et aux réalités économiques contemporaines.

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