Pendant que le monde retient son souffle pour l’Artemis II qui doit envoyer quatre astronautes dans un voyage d’environ 10 jours autour de la Lune cette année, d’autres missions spatiales tout aussi révolutionnaires se préparent dans l’ombre. 2026 ne sera pas seulement l’année du retour lunaire américain, mais celle d’une transformation profonde de notre compréhension de l’univers.
Le téléscope Roman : l’œil géant qui va scruter 100 milliards de galaxies
Si le télescope spatial James Webb nous a déjà émerveillés, attendez de découvrir ce que nous réserve son grand frère. Le Nancy Grace Roman Space Telescope de la NASA est maintenant entièrement assemblé après l’intégration de ses deux segments principaux le 25 novembre au centre Goddard. La mission devrait être lancée d’ici mai 2027, mais l’équipe est sur la bonne voie pour un lancement dès l’automne 2026.
Ce qui rend Roman extraordinaire, c’est sa caméra de 300 mégapixels capable de capturer des régions du ciel environ 100 fois plus grandes que le champ de vision du télescope spatial Hubble tout en maintenant une netteté comparable. Imaginez passer de l’étude de tuiles individuelles à l’observation de la mosaïque entière d’un seul coup d’œil.
Les chiffres donnent le vertige : durant ses cinq premières années, il devrait dévoiler plus de 100 000 mondes lointains, des centaines de millions d’étoiles et des milliards de galaxies. La NASA prévoit de lancer le télescope spatial Nancy Grace Roman dès septembre, le projet étant non seulement dans les temps mais en avance sur le calendrier et sous budget. Une prouesse rare dans l’industrie spatiale où les dépassements et retards sont monnaie courante.
ESCAPADE : la mission martienne qui révèle pourquoi Mars est devenue un désert
Lancée discrètement en novembre 2025, la mission ESCAPADE a décollé de Cape Canaveral en Floride le 13 novembre 2025, mais les deux satellites jumeaux vont d’abord « patienter » dans une orbite autour du point de Lagrange 2 de la Terre, à environ un million de kilomètres. À l’automne 2026, quand la Terre et Mars s’aligneront, les satellites utiliseront la gravité terrestre pour se catapulter vers Mars.
Cette trajectoire inédite n’est pas qu’une prouesse technique. Si les humains prévoient de coloniser Mars dans le futur, des centaines voire des milliers de vaisseaux habités et non habités devront partir lors de chaque alignement. Cette trajectoire flexible qu’ESCAPADE va pionnier pourrait permettre à tous ces vaisseaux de décoller sur plusieurs mois, « faisant la queue » avant de filer vers Mars lors de l’alignement planétaire.
Mais l’objectif scientifique est tout aussi fascinant. En collectant des données sur la façon dont le vent solaire interagit avec la fine atmosphère de Mars et sa croûte magnétisée, la mission espère comprendre comment Mars a perdu son atmosphère jadis épaisse – une atmosphère qui aurait pu soutenir de l’eau liquide et possiblement la vie. Une pièce manquante du puzzle de l’habitabilité planétaire.
La Lune redevient le terrain de jeu des superpuissances
Au-delà d’Artemis II, 2026 marquera le retour de l’exploration lunaire intensive. La Chine prévoit de lancer Chang’e 7 pour explorer le pôle sud lunaire fin 2026. La mission comprendra un orbiteur, un satellite relais, un atterrisseur, un rover et une mini-sonde volante.
Du côté américain, la NASA et Blue Origin prévoient de lancer la première mission non habitée Blue Moon Pathfinder Mission 1 début 2026, destinée à tester diverses technologies nécessaires aux futurs atterrisseurs lunaires habités. Les missions commerciales se multiplient aussi : la NASA et Intuitive Machines prévoient de lancer IM-3 dans la première moitié de 2026, visant Reiner Gamma, tandis qu’en juillet, la NASA et Astrobotic prévoient de lancer Griffin Mission One près du pôle sud lunaire.
Cette effervescence lunaire n’est pas anodine. Les missions visent à localiser et caractériser les dépôts potentiels de glace d’eau, évaluer les dangers du terrain et démontrer les technologies nécessaires aux futures missions habitées lunaires, représentant une étape clé dans le plan à long terme de la Chine pour une présence soutenue sur la Lune.
Coopération et rivalité : quand l’espace unit et divise
Les États-Unis et la Chine sont tous deux en course pour ramener des humains sur la Lune d’ici la fin de la décennie. Pourtant, malgré toute cette compétition, la science spatiale reste profondément collaborative. La mission japonaise d’exploration des lunes martiennes emporte des instruments de la NASA, de l’ESA et de la France.
Cette dualité se ressent partout. À une époque de tensions géopolitiques croissantes dans l’espace, la mission SMILE se distingue comme un exemple rare et conséquent de coopération scientifique soutenue entre l’Europe et la Chine. Une collaboration qui rappelle que certains défis dépassent les frontières terrestres.
Ayant passé ma carrière à étudier l’univers, je vois 2026 comme une année qui reflète à la fois les rivalités et les ambitions partagées de l’exploration spatiale d’aujourd’hui. Car au final, l’univers n’appartient à aucune nation.
Ces missions de 2026 ne sont que le prélude d’une décennie qui pourrait redéfinir notre place dans l’univers. Entre télescopes révolutionnaires, exploration martienne inédite et conquête lunaire renouvelée, nous assistons peut-être aux prémices d’un nouvel âge spatial. Et cette fois, tout le monde regarde.