Sous les falaises de calcaire millénaires de l’archipel de Caramoan, un poisson géant dort seul dans un lagon que personne n’ose approcher. Pas parce que l’accès est gardé par des rangers. Parce que la légende locale dit que le dernier homme à l’avoir touché est mort le lendemain. Voilà le genre de secret que les caméras de Koh-Lanta frôlent sans jamais vraiment filmer. Depuis le 3 mars 2026, les téléspectateurs de Koh-Lanta : Les Reliques du Destin découvrent chaque mardi sur TF1 les contours de cet archipel philippin, la 28e édition régulière de l’émission diffusée sur TF1 depuis le 3 mars 2026. Mais les décors qu’ils voient à l’écran ne racontent qu’une infime partie de l’histoire.
À retenir
- Un poisson géant vit seul dans un lagon caché, protégé par une malédiction locale qui paralyse les visiteurs
- L’archipel de Caramoan cache des îles qui disparaissent à marée haute et des plages interdites aux tournages télévisés
- Une faune sauvage prospère loin des caméras : aigles, varans menacés, récifs coralliens intacts
Un parc national établi depuis 1938, et toujours aussi jalousement sauvage
Le tournage de cette saison 2026 s’est déroulé aux Philippines, dans la péninsule de Caramoan, une zone devenue un classique récurrent pour l’émission depuis plusieurs années. Ce n’est pas un hasard si les producteurs y reviennent. Établi en 1938, le parc est l’un des plus anciens parcs nationaux du pays, célébré pour ses falaises calcaires spectaculaires, ses plages de sable blanc, ses forêts luxuriantes et sa riche biodiversité marine.
Des formations karstiques calcaires époustouflantes, des gorges profondes, des rivières sinueuses, des plages de sable blanc et des criques secrètes caractérisent cette péninsule reculée, une combinaison de paysages qui explique pourquoi Koh-Lanta n’est pas le seul show télévisé à en être tombé amoureux. Caramoan a accueilli plusieurs éditions du programme de téléréalité Survivor, dont la version américaine en deux saisons consécutives. Au total, des déclinaisons israélienne, bulgare, suédoise, finnoise et d’autres encore ont planté leurs caméras entre ces mêmes falaises. Caramoan est devenu, malgré lui, un studio naturel à ciel ouvert — mais son caractère sauvage, lui, ne s’est pas laissé domestiquer.
L’accès reste une aventure en soi. Depuis Manille, il faut prendre un vol domestique jusqu’à Naga City, environ une heure de trajet, puis rejoindre le port de Sabang en taxi ou van (une à deux heures), avant d’embarquer sur un bateau jusqu’au port de Guijalo à Caramoan, traversée qui dure environ deux heures. Et ce n’est qu’un début. Lors des tournages de Survivor, certaines îles sont fermées au public. Un cordon invisible, autour des plages les plus photogéniques, rappelle que cette nature préservée s’est aussi construite à l’abri des regards.
Matukad, le lagon interdit et son gardien écailleux
C’est l’anecdote qui résume à elle seule l’âme de Caramoan. L’île de Matukad, l’un des joyaux de l’archipel, est connue pour son sable blanc poudré, ses falaises calcaires qui s’élèvent vers le ciel et ses eaux cristallines. Mais derrière ce décor de carte postale se dissimule un lagon caché et le légendaire « bangus », le poisson-lait géant, qui confère à l’endroit une touche de mystère.
D’après la tradition locale, le lagon se serait formé quand un raz-de-marée a rempli les roches environnantes, créant un bassin tranquille. Mystérieusement, deux poissons-laits y sont apparus, sans origine connue, et sont rapidement devenus objets de fascination et de vénération. La légende raconte qu’un homme et son fils, partis chercher de la nourriture, ont découvert le lagon, attrapé l’un des poissons, le préparé et le mangé en famille. Toute la famille mourut le lendemain. Depuis, les habitants de Caramoan considèrent ces poissons comme des créatures enchantées, protégées par des forces supérieures. Le bangus restant n’a plus jamais été inquiété, il est vénéré comme un être sacré.
Pour le voir de ses propres yeux, il faut d’abord mériter le spectacle. L’escalade des falaises de calcaire aux arêtes tranchantes n’est pas pour les âmes sensibles. La montée peut être très raide, avec un risque réel de se blesser sur les roches acérées. Le poisson mesure probablement entre 60 et 90 centimètres, bien plus grand que les spécimens que l’on trouve habituellement sur les marchés. Les habitants disent qu’il est le gardien de l’île et qu’observer sa présence est un privilège. Une fois en haut, deux récompenses attendent : voir le bangus géant nager seul dans son lagon, et une vue panoramique à couper le souffle sur les îlots environnants.
Lahos, Cagbalinad, Hunongan : le labyrinthe que la télé ne peut pas cadrer
Au-delà de Matukad, l’archipel déroule ses surprises comme un jeu de cartes truqué. L’île de Lahos, voisine de Matukad, possède deux rivages reliés, l’un côté est, l’autre côté ouest. La plage occidentale s’étend sur environ 100 mètres de large, tandis que la rive orientale ne mesure que 25 mètres environ, mais offre des eaux bien plus calmes. Et son nom lui-même porte une ironie : « Lahos » signifie « disparaître » en bicol, car la plage s’efface littéralement à marée haute. Une île qui s’évanouit. Difficile d’imaginer décor plus cinématographique.
Hunongan Cove, nichée entre des montagnes calcaires qui la surplombent, abrite une plage de sable crémeux et des eaux peu profondes idéales pour les familles. Le complexe qui s’y trouve propose des activités nautiques comme le kayak. C’est justement ici que l’équipe de production de Survivor s’installe lors des tournages, et quand le tournage bat son plein, cette plage est tout simplement interdite au public. Voilà un accès ultra-restreint qui ne doit rien à des grillages ou des panneaux d’interdiction, mais à une logistique télévisuelle qui transforme temporairement un bout de paradis en forteresse privée.
L’île de Cagbalinad, elle, joue dans une autre catégorie. Ses récifs peu profonds et ses eaux translucides en font l’un des meilleurs spots de snorkeling de la région, face aux falaises escarpées de la côte principale, le genre d’endroit où l’on plonge la tête sous l’eau et où l’on oublie pendant quelques secondes que le monde extérieur existe.
Une faune qui vit en dehors du cadre des caméras
Ce que Koh-Lanta ne filmera jamais, c’est la vie qui pulule au-dessus et autour des candidats. Le parc abrite une faune diverse, aussi bien terrestre que marine. L’avifaune est particulièrement abondante, avec des observations de milans brahmes, de martins-pêcheurs, de hérons et du calao des Philippines. Des chauves-souris et de petits mammifères comme des civettes et des macaques des Philippines peuplent les zones forestières et les grottes.
L’Aigle serpentaire des Philippines est un rapace de taille moyenne souvent observé en cercles au-dessus de la canopée. Il chasse les serpents, les lézards et les rongeurs, se posant discrètement sur les hautes branches entre ses vols. Des lézards endémiques aux Philippines ont également été recensés dans cette zone protégée, dont le redoutable varan de Gray, espèce menacée à l’échelle mondiale. Et dans les eaux, les récifs coralliens abritent une variété de poissons, de crustacés, de tortues marines et d’invertébrés, faisant du parc un site majeur pour la conservation marine.
Ce qui rend Caramoan singulier dans le paysage des paradis tropicaux philippins, c’est précisément cette superposition de couches : le folklore millénaire qui enveloppe un poisson dans sa bulle d’interdit, les formations rocheuses spectaculaires et les plages préservées encore épargnées par les grandes foules touristiques qui déferlent sur Palawan. La télé-réalité a ouvert une fenêtre sur cet archipel. Mais les informations touristiques officielles sur la péninsule de Caramoan et ses îles protégées rappellent que les plus beaux décors sont ceux que les caméras n’ont pas encore tout à fait réussi à domestiquer. Le bangus de Matukad nage toujours seul dans son lagon. Personne n’a osé le déranger. Et finalement, c’est peut-être lui qui a le mieux compris Caramoan.