Chaque matin d’août, la même scène se répète : une araignée immobile au fond de la baignoire, comme surgie de nulle part. La théorie du siphon est pourtant fausse. Les spécialistes sont formels : aucune araignée ne remonte par les canalisations. La vérité est bien plus simple, et surtout plus révélatrice du comportement de ces bêtes à huit pattes en cette période précise de l’année.
À retenir
- Les araignées ne remontent jamais par les canalisations : une barrière d’eau les en empêche
- Le phénomène d’août n’est pas un hasard : c’est la saison des amours chez les tégénaires
- Ces visiteurs nocturnes sont presque toujours des mâles en expédition pour s’accoupler
Le mythe du siphon enfin démonté
Commençons par tordre le cou à cette légende urbaine tenace. Précisons ici qu’elles n’arrivent pas par les canalisations de l’évier ou de la baignoire, jamais. Le siphon rempli d’eau agit comme une barrière infranchissable. Aucune araignée ne risquerait sa vie en bravant les siphons en forme de U remplis d’eau pour accéder à notre salle de bains. Certaines personnes gardent même le bouchon en permanence par précaution, mais c’est peine perdue : même ces mesures de prévention supplémentaires n’empêcheront pas une araignée infortunée de s’installer dans votre lavabo en porcelaine.
Alors, d’où vient-elle vraiment ? Elle a simplement chuté par-dessus le rebord, en se baladant sur les murs de la salle de bains la nuit. Le problème, c’est qu’elle ne peut plus en sortir. Les araignées ont des petits crochets au bout des pattes qui sont un véritable atout dans la nature ou sur un fil de soie, mais qui deviennent un grand désavantage sur une surface lisse. Certaines espèces possèdent en plus des brosses de poils microscopiques, les scopulae, capables d’adhérer à des surfaces, mais leur efficacité dépend d’un facteur qu’on ne soupçonne pas forcément : l’humidité. Il faut un minimum d’humidité pour que les scopulae accrochent à la paroi, ce qui explique que même une araignée possédant ces scopulae ne pourra pas grimper sur une surface en Téflon, dont le revêtement lisse et sec ne retient absolument rien. Résultat : l’animal tourne en rond au fond de la baignoire, incapable de remonter la pente émaillée.
Quant à la légende qui persiste, elle vient d’une confusion assez logique. Il arrive qu’une araignée se cache derrière la bonde après sa chute, et qu’elle réapparaisse au moment où l’eau coule, donnant l’impression qu’elle sort tout droit de la tuyauterie. Un témoignage sur un forum spécialisé raconte exactement cette scène : à ma grande surprise, une Tégénaire sortit de la canalisation, avant que l’auteur ne comprenne que l’araignée s’était en réalité réfugiée derrière la bonde du de l’évier, nourrissant ainsi la légende.
Pourquoi précisément en août ?
Le calendrier n’a rien d’un hasard. La fin de l’été correspond à la saison des amours chez les tégénaires, ces grosses araignées velues qui colonisent nos maisons. Les mâles, jusque-là discrets dans leur toile en forme d’entonnoir cachée dans un coin sombre, se lancent soudain dans de longues expéditions nocturnes. Les grosses poilues se remarquent à la fin de l’été, car elles sortent de leurs cachettes et se font parfois piéger dans l’évier ou la baignoire. Un site spécialisé confirme cette lecture du phénomène : la grande majorité des Tégénaires coincées dans les baignoires ou éviers profonds à paroi lisse sont des mâles qui sont partis en expédition dans votre maison ou appartement pour s’accoupler avec une femelle, celle-ci restant bien planquée pendant que lui parcourt des mètres de territoire inconnu.
Un détail anatomique permet d’ailleurs de confirmer qu’il s’agit bien d’un mâle en vadrouille. Un observateur passionné décrit ainsi la scène typique : ses pédipalpes sont renflés au bout par l’organe copulateur, on dirait qu’il a des petits gants de boxe, c’est typique des mâles. Ce détail, un peu comique, en dit long : la baignoire n’est pas un lieu de vie mais un accident de parcours amoureux, l’équivalent d’une panne sèche au beau milieu d’une virée nocturne.
Que faire quand on la trouve (et pourquoi la garder)
Le premier réflexe, souvent, c’est de faire couler l’eau pour l’envoyer directement dans les canalisations. Mauvaise idée. Réprimez votre envie de l’envoyer dans les canalisations : il s’agit d’une expérience traumatisante étant donné qu’elle pourrait y rester pendant des heures avant de finalement mourir noyée. Pire encore, l’opération peut s’avérer inutile : avec sa faible stature, elle pourrait aussi flotter sur l’eau et réapparaitre dans votre salle de bains, ramenant tout le monde à la case départ.
La solution la plus simple reste un verre et une feuille de papier glissée dessous, ou tout simplement une serviette tendue depuis le rebord pour lui offrir une échelle de secours. Certains passionnés vont même plus loin : les amis des araignées laissent parfois une petite échelle, en tissu par exemple, sur un côté de l’évier ou de la baignoire, pour permettre à monsieur de sortir sans déranger personne.
Reste une question qu’on se pose rarement : faut-il la relâcher dehors ou la laisser dans la maison ? Contre-intuitif, mais les connaisseurs recommandent la seconde option. Ces araignées ont choisi notre domicile pour y vivre ; dehors, elles se retrouvent dans un nouveau territoire à conquérir, au milieu de concurrents. Et leur présence n’est pas anodine pour le confort de la maison : elles se nourrissent justement des insectes qu’on préfère ne pas croiser, blattes, cloportes, mouches, moustiques, autres araignées, un service gratuit qu’on a tendance à sous-estimer chaque fois qu’on brandit une chaussure au lieu d’un verre.
Sources : notrenature.be | gtaraignees.wordpress.com