Ce réflexe tendre que beaucoup de propriétaires de chiens ont adopté sans même y penser, celui qui consiste à poser la main sur son compagnon dès qu’il se met à gémir ou à agiter les pattes dans son sommeil, est justement celui qu’il faudrait bannir. Toucher un chien en pleine phase de rêve peut déclencher chez lui une réaction de défense incontrôlée, y compris une morsure, même chez l’animal le plus doux du quartier.
À retenir
- Un geste banal pourrait transformer votre compagnon le plus doux en animal agressif
- Les statistiques révèlent que 60% des morsures de chien chez les enfants surviennent pendant le sommeil
- Il existe une technique simple et sans contact pour interrompre un rêve agité
Pourquoi le cerveau d’un chien endormi peut basculer en mode attaque
Les chiens traversent, comme nous, une phase de sommeil paradoxal appelée REM (rapid eye movement), durant laquelle ils entrent en sommeil paradoxal, période durant laquelle leur activité cérébrale s’intensifie et ils revivent les événements de la journée, traitant émotions et expériences. Des études par électroencéphalographie confirment d’ailleurs que les ondes cérébrales des chiens pendant le sommeil paradoxal ressemblent fortement à celles des humains.
Le problème, c’est que le corps ne suit pas toujours le même rythme que le cerveau. Normalement, une structure appelée le pons agit comme un verrou de sécurité qui paralyse temporairement les muscles pendant le rêve. Mais ce verrou n’est pas infaillible, et certains chiens conservent une part de mobilité, ce qui explique les petits tressautements de pattes ou les jappements étouffés qu’on observe parfois pendant leur sieste. Lorsqu’on les tire brutalement de cet état, le réveil ne se fait pas en douceur : votre chien peut être tout aussi surpris que vous le seriez, surtout s’il était en train de rêver, et il communiquera de la seule façon qu’il connaît, il est très courant que les chiens se jettent en avant, claquent des mâchoires ou mordent lorsqu’ils sont réveillés de façon inattendue. Ce comportement porte un nom précis, le startle reflex, ou réflexe de sursaut, un comportement instinctif observé chez de nombreux animaux, y compris l’ancêtre du chien, le loup gris. Dans la nature, tout ce qui perturbe un animal endormi est traité par défaut comme une menace potentielle, une logique de survie qui n’a jamais complètement disparu chez nos compagnons domestiques.
Un danger loin d’être anecdotique
On pourrait croire que ce genre d’incident relève de la légende urbaine transmise entre voisins inquiets. Les chiffres disent pourtant autre chose. Selon des données publiées dans le Journal of Veterinary Behavior, autour de 6% des morsures surviennent alors que le chien dormait ou se reposait, un chiffre confirmé par plusieurs sources vétérinaires qui précisent que environ 6% des morsures de chien se produisent pendant que l’animal dort ou lorsqu’il est réveillé brusquement. Ce pourcentage grimpe de façon spectaculaire chez les plus jeunes : les hôpitaux vétérinaires américains VCA rapportent qu’environ 60% des morsures de chien chez les enfants surviennent lorsque l’enfant réveille un chien endormi. Une statistique qui mérite d’être glissée à toute la famille, particulièrement si des enfants ont tendance à câliner l’animal pendant sa sieste sans prévenir.
Il existe une distinction utile à connaître entre un simple rêve agité et quelque chose de plus grave. Un chien qui rêve manifeste souvent son sommeil par des tressautements, des mouvements de pattes comme s’il pédalait ou donnait des coups de patte, des mouvements généralement brefs, durant moins de trente secondes, et intermittents. À l’inverse, une crise convulsive se reconnaît à des mouvements bien plus rigides et violents, et surtout, contrairement au chien qui rêve, celui qui convulse ne se réveille pas facilement et reste souvent désorienté, bavant ou haletant après coup. Si un doute persiste, filmer la scène au téléphone pour la montrer ensuite à un vétérinaire reste le réflexe le plus sûr.
Un phénomène plus rare mérite aussi d’être signalé aux propriétaires attentifs : le trouble du comportement en sommeil paradoxal. Dans ce cas, le chien perd totalement la paralysie musculaire normale du sommeil paradoxal et affiche des mouvements vigoureux et amples des membres et du tronc, donnant parfois l’impression de courir à pleine vitesse ou de se débattre alors qu’il est toujours endormi. Ce type de manifestation dépasse largement le simple pédalage de pattes et justifie, selon les mêmes sources, une consultation vétérinaire.
La bonne façon de tirer son chien d’un cauchemar
Face à un chien visiblement agité dans son sommeil, mieux vaut résister à l’envie de le rassurer par le contact physique. Les vétérinaires recommandent plutôt d’agir à distance : appeler doucement son nom, taper dans ses mains ou même laisser tomber un objet au sol suffit généralement à interrompre le cycle sans provoquer de panique. Si le besoin de réveiller un chien endormi se fait sentir, mieux vaut appeler son nom d’une voix forte ou produire un bruit, comme laisser tomber un objet, puis le rassurer calmement une fois qu’il est réveillé. Cette méthode laisse à l’animal le temps de reprendre ses esprits avant tout contact, plutôt que de le faire basculer d’un coup de l’univers du rêve à la réalité tactile.
Dans la majorité des cas, le mieux reste encore de ne rien faire du tout. La plupart des experts s’accordent sur ce point : les épisodes de rêve agité chez le chien durent rarement plus d’une minute, et l’animal reprend ensuite tout seul un sommeil paisible. Perturber ce cycle naturel n’apporte donc pas grand bénéfice, et prive surtout le chien d’une phase de récupération dont il a bien plus besoin que nous. Un détail amusant glané chez les vétérinaires américains mérite d’être connu : les grands chiens auraient tendance à faire des rêves plus longs, tandis que les petits gabarits enchaîneraient des rêves plus courts mais plus fréquents. De quoi observer différemment le sommeil de son propre compagnon, qu’il pèse trois ou quarante kilos.
Sources : chien.com | petitscompagnons.com