Le geste le plus utile tient en peu de choses : laisser un coin du jardin en friche, garder un tas de feuilles mortes et s’abstenir de déranger l’animal. Le hérisson hiberne en général de novembre à mars, et c’est en automne que tout se joue. Avant le froid, il doit stocker jusqu’à 40 % de sa masse corporelle en graisse.
Un hérisson immobile dans un tas de bois hiberne : on n’y touche pas.
- Un tas de feuilles d’au moins 50 centimètres de haut lui sert de nid d’hibernation.
- Le hérisson doit stocker de la graisse dès octobre, car il perd environ 30 % de son poids en hiver.
- Le lait de vache et le pain sont à proscrire, car ils provoquent des diarrhées dangereuses.
- Le hérisson est une espèce protégée : le capturer ou le déplacer sans raison est interdit.
Un hiver qui se gagne en octobre
Ses poils l’isolent mal du froid, seule sa graisse compte. Pendant l’hibernation, sa température corporelle descend jusqu’à environ 6 °C et il perd autour de 30 % de son poids. Les sources divergent sur le seuil de survie : une association belge de suivi cite 450 g d’après des études récentes, alors que des guides de terrain placent la barre à 600 g en octobre et 700 g en novembre. Un document de soigneurs rappelle qu’aucun poids ne garantit rien, mais que sous 450 g, les chances sont minces.
Le sommeil n’est pas continu. Environ tous les dix jours, l’animal se réveille, et chaque réveil lui coûte beaucoup d’énergie. Dès novembre, une fourche plantée dans un tas de branches ou un stère de bois déplacé peut compromettre son hibernation.
On l’imagine volontiers en forêt, mais les travaux d’écologie cités par la Revue Forestière Française (2019) montrent qu’il vit surtout dans les jardins périurbains. Les défenseurs français de l’espèce l’expliquent par la destruction de son milieu d’origine, devenu un refuge de dernier recours dans nos pelouses. Votre jardin n’est donc pas un simple décor pour lui.
Les gestes qui l’aident vraiment
Le hérisson construit son nid d’hibernation avec des feuilles mortes, de la mousse, des brindilles et des herbes sèches. Plutôt que de tout ramasser, on garde un tas conséquent contre une haie, un muret ou sous des arbustes. Un amas d’au moins 50 centimètres de hauteur, bien compact, lui offre une isolation suffisante, selon un guide dédié au sujet.
Mieux vaut le choisir à l’abri des inondations, et l’éviter de le tasser à l’excès.
On peut aussi lui bâtir un abri : la LPO des Hauts-de-France propose un modèle de gîte en bois, à poser dans un coin tranquille. Plus simple, quelques tuiles ou une cagette retournée sous une haie font l’affaire, à condition de ne pas fermer l’ensemble pour qu’il puisse entrer et sortir. L’installation se fait en automne, avant que l’animal ne cherche où passer l’hiver. Une fois le refuge occupé, on n’y touche plus jusqu’au printemps, car un nid qui paraît abandonné peut cacher un dormeur invisible sous les feuilles.
L’eau passe avant la nourriture : une coupelle peu profonde, renouvelée quand elle gèle ou se salit, manque souvent plus que les croquettes. Pour un complément ponctuel, des croquettes pour chat à base de viande, sans poisson ni sauce, conviennent, en petite poignée de 25 à 30 g le soir, au même endroit. Le matin, on retire les restes pour ne pas attirer rats et fourmis.
Jardiland, de son côté, juge inutile de le nourrir et préfère un espace non travaillé où il trouvera insectes, escargots et baies.
Quelques aménagements suppriment les pièges les plus courants :
- laisser un passage d’environ 13 centimètres au bas des clôtures, pour qu’il circule d’un jardin à l’autre ;
- poser une petite planche rugueuse dans les bassins, afin qu’il puisse en ressortir ;
- vérifier les tas de feuilles, de bois et de compost avant de les remuer ;
- bannir les granulés anti-limaces et les pesticides des zones qu’il fréquente.
Ce qui est interdit ou à proscrire
Le lait de vache est l’erreur classique : les hérissons le digèrent mal, et la diarrhée qui s’ensuit peut être dangereuse pour un animal affaibli. Le pain et les restes salés posent le même problème. Les croquettes contenant du poisson sont également à écarter.
Les outils de jardin font des dégâts. De nombreux hérissons arrivent dans les centres de soins blessés par des travaux de débroussaillage, notamment au pied des haies et des massifs. Avant d’allumer un feu de feuilles, on le fouille : un hérisson a pu s’y installer. Les tas de bois destinés à la cheminée méritent le même contrôle en novembre.
Le hérisson est une espèce protégée en France : le capturer, le détenir ou le déplacer sans raison valable est interdit. Ramasser un animal en bonne santé par excès de zèle n’a rien d’anodin, puisque le stress et la charge parasitaire peuvent alors le fragiliser.
Quand le croiser n’a rien d’une urgence
Par temps doux, il arrive qu’un hérisson vagabonde en plein hiver à la recherche de nourriture. La LPO conseille de l’observer en silence et à bonne distance : s’il est tonique, se déplace ou se met en boule à l’approche, il va bien. Un jeune aux yeux ouverts et déjà piquant qui se promène seul n’est pas forcément en danger non plus, il suffit de s’éloigner et de voir si un adulte arrive.
Dehors en plein jour, titubant ou prostré : là, on agit.
Dans ce cas, on enfile des gants épais, on place l’animal dans un carton haut tapissé de papier journal ou d’une serviette, et on glisse à côté de lui une bouillotte enveloppée dans un tissu, car un hérisson malade est souvent en hypothermie. Ensuite, un appel à un centre de soins pour la faune sauvage s’impose, car c’est lui qui décidera de la suite. Les jeunes de portée tardive sont les plus exposés, puisqu’ils atteignent rarement 700 g en novembre selon un site spécialisé dans leur secours. Un jeune de moins de 450 g à cette période n’a aucune chance de passer l’hiver sans aide, d’après un guide de terrain.
Dans les régions très douces comme la Côte d’Azur ou la Corse, certains hérissons n’hibernent que partiellement, voire pas du tout, certaines années. Les jardiniers curieux peuvent signaler leurs observations à l’opération Hérisson de France Nature Environnement, qui recense la présence de l’espèce.
Sources : economie-news.com | jardi22.fr