Chez le chien, la poignée de main passe par l’arrière-train. Deux congénères qui se croisent commencent souvent par un bref contact museau contre museau, puis l’un d’eux se glisse derrière l’autre pour inspecter la zone anale. La scène dure quelques secondes, et le nez en tire plus de renseignements que n’en donnerait un long échange d’aboiements.
Tout tient dans deux petites poches.
- Chaque chien porte deux sacs anaux qui produisent une signature chimique propre à chaque individu.
- Le nez canin possède bien plus de récepteurs olfactifs que celui de l’humain.
- Un organe de Jacobson, situé au palais, détecte phéromones et signaux reproducteurs.
- Une odeur persistante ou un chien qui se traîne au sol peut signaler un problème de sacs anaux.
Deux sacs anaux, une signature chimique
De chaque côté de l’anus, le chien possède un sac anal, souvent appelé glande anale. Ces poches fabriquent une sécrétion à l’odeur très forte, composée de molécules qui varient d’un individu à l’autre. Une petite quantité s’en dépose sur les selles au moment de la défécation, ce qui laisse une trace olfactive sur la pelouse ou le trottoir. Les travaux sur le comportement canin suggèrent que ce mélange renseigne sur le sexe, l’âge, l’état de santé et probablement l’alimentation de l’animal.
Le chien qui renifle n’a donc pas besoin de voir l’autre pour le situer. La queue joue le rôle de ventilateur : en remuant, elle diffuse l’odeur autour de l’animal, alors qu’une queue plaquée entre les pattes recouvre la zone et limite cette diffusion.
Les selles et l’urine complètent le tableau. Un chien qui s’arrête longuement devant un lampadaire consulte les messages laissés par ses prédécesseurs, dont le passage d’une femelle en chaleur ou celui d’un mâle rival. Il répond souvent en déposant à son tour quelques gouttes d’urine au même endroit.
Les loups font exactement pareil.
Un nez conçu pour décortiquer les molécules
Le nez d’un chien compte plusieurs dizaines de fois plus de récepteurs olfactifs que celui d’un humain, selon les estimations les plus courantes, et la zone du cerveau qui traite les odeurs y occupe une place proportionnellement bien plus grande. Mais la quantité ne fait pas tout. Quand il renifle, le chien inspire par petites rafales rapides, plusieurs fois par seconde, et l’air expiré sort par les fentes situées sur les côtés des narines, ce qui évite de repousser les molécules qu’il cherche à capter. Cette mécanique lui permet d’accumuler les odeurs d’un même point plutôt que de les disperser à chaque expiration.
Au palais, derrière les incisives supérieures, un petit canal mène à l’organe voméronasal, aussi appelé organe de Jacobson. Il détecte surtout les phéromones et des molécules que le nez ordinaire capte mal. Il intervient notamment dans la lecture de l’état reproducteur d’un congénère, ce qui explique l’attention redoublée des mâles autour d’une femelle en chaleur.
Un museau humide retient aussi mieux les particules odorantes.
Une vieille blague raconte que les chiens, invités à un grand congrès, auraient laissé leur arrière-train au vestiaire en entrant. Depuis, ils fouilleraient chaque rencontre pour retrouver le bon.
Le même équipement explique pourquoi un chien fourre volontiers son nez dans l’entrejambe des visiteurs. Chez l’humain, les glandes sudoripares dites apocrines se concentrent sous les aisselles et dans la région génitale, et leur sécrétion fournit à l’animal un bulletin d’identité comparable. Les invités gênés n’y sont pour rien, le chien lit simplement ce qui se présente.
Quand cette obsession cache un souci de santé
Renifler un congénère n’a rien d’anormal. Un chien qui traîne son derrière sur le sol, se lèche sans cesse la zone ou dégage une odeur de poisson persistante envoie en revanche un signal, que les vétérinaires associent souvent aux sacs anaux, mais aussi parfois aux allergies ou aux vers intestinaux.
Les sacs se vident normalement sous la pression de selles bien formées. Lorsque les selles sont trop molles, la vidange se fait mal, la sécrétion s’épaissit et le sac peut s’engorger, puis s’infecter, voire former un abcès. Le vétérinaire sait vider les sacs en quelques minutes, et il vaut mieux se faire montrer le geste avant de s’y essayer chez soi. Une consultation permet aussi d’écarter les autres causes de démangeaisons, ce qui évite de traiter le mauvais