Votre chien plonge le museau dans la pelouse, arrache des touffes entières d’herbe avec une avidité presque comique, et vous vous dites qu’il doit avoir mal au ventre. La science raconte une tout autre histoire. Des vétérinaires de l’université de Californie à Davis ont établi que consommer des plantes, le plus souvent de l’herbe, constitue un comportement normal chez le chien, et les propriétaires interrogés ont rapporté que les signes de maladie avant ou après ce comportement restaient peu fréquents. ce n’est pas un chien malade qui broute, c’est un chien qui se comporte… comme un chien.
L’idée reçue a la vie dure pourtant. Beaucoup de propriétaires pensent que leur chien mange de l’herbe pour se faire vomir, mais deux études distinctes suggèrent que ce n’est pas le cas pour la majorité d’entre eux. Une chercheuse en comportement animal à UC Davis résume la chose avec simplicité : pour elle, ce geste s’apparente davantage à un en-cas qu’à un symptôme.
À retenir
- 79% des chiens ayant accès à des plantes en consomment régulièrement, sans signes de maladie
- Le mythe du vomissement ne s’applique qu’à 8% des chiens, selon les études scientifiques
- Ce comportement remonte à l’époque des loups et pourrait aider à éliminer les parasites intestinaux
Ce que disent vraiment les chiffres
Les statistiques sont sans appel. Une étude menée par UC Davis en 2008 a montré que 79% des propriétaires dont le chien avait un accès quotidien aux plantes rapportaient que leur animal en mangeait. Et ce n’est pas un phénomène occasionnel : une enquête complémentaire menée en ligne auprès de plus de 1500 propriétaires a révélé que 68% des chiens broutaient de l’herbe quotidiennement ou chaque semaine, l’herbe restant de très loin la plante la plus consommée.
Le mythe du vomissement ne résiste pas non plus à l’observation directe. Une étude menée à l’université de Nouvelle-Angleterre en Australie a suivi des chiens nourris normalement et produisant des selles saines : sur 374 épisodes de consommation d’herbe observés, seuls deux ont été suivis de vomissements. Les chercheurs en ont conclu que les chiens n’utilisent pas l’herbe pour provoquer des vomissements. Une autre enquête menée auprès d’étudiants vétérinaires propriétaires de chiens confirme la tendance : tous ont rapporté que leur chien mangeait de l’herbe, aucun n’a signalé de signes de maladie avant l’épisode, et seuls 8% ont indiqué que leur chien vomissait régulièrement après.
Il existe tout de même une nuance intéressante. Si un chien montrait des signes de malaise avant de manger des plantes, il avait davantage tendance à vomir ensuite que les chiens sans symptômes préalables. Le lien entre herbe et vomissement n’est donc pas totalement fantaisiste, il est juste beaucoup plus marginal que ce que l’on imagine généralement.
Un réflexe hérité des ancêtres sauvages
Si ce n’est pas pour se purger, pourquoi ce comportement persiste-t-il génération après génération ? La piste la plus solide remonte directement au loup. Les ancêtres du chien moderne, tout comme les canidés sauvages actuels comme les coyotes et les loups, sont supposés avoir consommé leurs proies dans leur intégralité, y compris le contenu stomacal d’animaux herbivores, et ils sont également connus pour manger des fruits, des baies et d’autres végétaux. Ce que votre labrador fait dans le jardin, un loup le fait depuis des millénaires en pleine nature.
Les analyses de crottes sauvages appuient cette hypothèse. Des recherches sur les excréments de loups trouvent des traces d’herbe dans 11 à 47% des échantillons de selles étudiés. Certains chercheurs y voient même une fonction précise : l’herbe pourrait aider à purger les parasites intestinaux, la matière fibreuse passant à travers l’intestin en augmentant les contractions et en s’enroulant autour des vers ou nématodes présents. Une théorie qui aurait traversé la domestication intacte, comme un vieux réflexe que même des milliers d’années de canapé n’ont pas effacé.
Reste que le comportement n’a jamais été totalement expliqué. Plusieurs théories ont été avancées, mais aucune réponse définitive n’a encore été trouvée. Certains spécialistes évoquent aussi tout simplement le goût, ou un besoin de fibres. De nombreux vétérinaires ont d’ailleurs constaté que les chiens nourris avec des fruits et légumes riches en fibres cessaient de manger de l’herbe, ce qui pourrait renforcer l’hypothèse d’un appoint alimentaire plutôt que d’un besoin vital.
Les signaux qui doivent vraiment alerter
Ce comportement banal peut malgré tout basculer vers quelque chose de plus sérieux, et c’est là que l’observation du propriétaire devient précieuse. Si en parallèle de manger subitement de l’herbe, le chien perd l’appétit, se met à vomir, fait des bruits inhabituels ou a la diarrhée, il souffre potentiellement d’une gêne gastro-intestinale, et si ce comportement persiste, le risque est d’être face à une gastrite, un déséquilibre intestinal ou autre trouble. Un vétérinaire américain spécialiste du comportement animal résume la logique de la surveillance : si le chien paraît malade avant de manger des plantes ou si les vomissements persistent, un contrôle médical s’impose.
La quantité et la manière de consommer comptent tout autant que la fréquence. Un chien qui arrache des touffes entières avec avidité, ou qui avale de grandes quantités d’herbe de façon répétée, mérite un avis vétérinaire pour écarter tout trouble chronique, digestif ou une éventuelle obstruction. Attention aussi aux pelouses traitées chimiquement : il est recommandé de tenir les chiens qui mangent de l’herbe éloignés des pelouses traitées avec des produits chimiques et des plantes toxiques. Un brin de gazon inoffensif en soi peut devenir un vrai problème s’il a été aspergé de pesticide la veille.
Un détail mérite d’être gardé en tête avant votre prochaine balade : ce goût pour l’herbe ne se limite pas aux chiens. La plupart des chiens et des chats consomment une certaine quantité de matière végétale, un point que beaucoup de propriétaires de félins ignorent totalement. La prochaine fois que votre compagnon plonge le nez dans le gazon fraîchement tondu, inutile donc de paniquer ni de l’en empêcher brusquement. Regardez simplement s’il broute par plaisir tranquille ou s’il semble chercher un soulagement, la différence de comportement en dit souvent plus long qu’un simple coup d’œil à la pelouse mâchouillée.
Sources : trupanion.com | clinique-veterinaire-desmettre-fath.fr