La sonde Voyager 2, à plus de 21 milliards de kilomètres de la Terre, vient de gagner une année de sursis scientifique grâce à une manœuvre baptisée « Big Bang » par les équipes du Jet Propulsion Laboratory. Réalisée le 4 août 2026, cette opération a permis d’éviter l’extinction d’un troisième instrument scientifique, préservant ainsi les trois derniers capteurs encore actifs sur cette sonde lancée il y a près de cinquante ans.
La sonde Voyager 2 a assez d’énergie pour continuer à faire fonctionner trois instruments scientifiques dans l’espace interstellaire plus longtemps que prévu, grâce à une manœuvre technique de l’équipe de mission. En débranchant certains dispositifs alimentés et en les remplaçant par des alternatives moins gourmandes, l’équipe a pu éviter d’éteindre davantage d’instruments scientifiques. Sans cette intervention, la mission aurait dû éteindre un autre instrument sur Voyager 2 avant la fin de 2026.
À retenir
- Une opération à haut risque baptisée « Big Bang » a sauvé trois instruments de Voyager 2 du silence radio
- Le détecteur de plasma a été le premier sacrifice, suivi d’autres instruments entre 2024 et 2025
- Les équipes du JPL attendent 40 heures entre l’envoi d’une commande et sa confirmation à distance
Le détecteur de plasma, première victime d’une longue liste
Ce sauvetage arrive après une série de sacrifices déjà douloureux pour les scientifiques. En septembre 2024, les ingénieurs de la NASA ont éteint l’instrument de science plasma à bord de Voyager 2 en raison de l’approvisionnement électrique de la sonde qui se réduit progressivement. Cet appareil n’était pas anodin : il mesurait la quantité de plasma, des atomes électriquement chargés, et la direction dans laquelle il circulait. En 2018, l’instrument de science plasma avait aidé à déterminer que Voyager 2 avait quitté l’héliosphère.
Le hasard du calendrier a voulu que cet instrument devienne moins utile juste avant sa mise hors service. Une fois Voyager 2 sortie de l’héliosphère, les trois « tasses » orientées vers le soleil ne pouvaient plus recueillir de données utiles, rendant l’instrument moins efficace. La quatrième tasse fournissait encore quelques lectures, mais seulement une fois tous les trois mois. la NASA a d’abord sacrifié l’outil qui rendait déjà le moins de service, une logique implacable dictée par la physique et non par le hasard.
Quelques mois plus tard, en mars 2025, un deuxième couperet est tombé. Les ingénieurs de mission du JPL ont éteint l’expérience du sous-système de rayons cosmiques à bord de Voyager 1 le 25 février, et ont éteint l’instrument de particules chargées à basse énergie de Voyager 2 le 24 mars. À chaque fois, le scénario se répète : un dernier signal envoyé, des heures d’attente insoutenable, puis la confirmation, ou pas, que l’appareil a bien basculé sans tout casser au passage.
Une manœuvre à haut risque baptisée « Big Bang »
Ce qui distingue l’opération du 4 août 2026 des précédentes, c’est sa complexité technique. Surnommé le « Big Bang », l’effort a consisté à éteindre simultanément certains dispositifs alimentés et à les remplacer par des alternatives à plus faible consommation, tout en veillant à ce que la sonde reste suffisamment chaude pour fonctionner. Le mot « simultanément » n’est pas un détail de vocabulaire : c’est justement cette simultanéité qui rend la manœuvre à la fois décisive et éprouvante pour les nerfs des équipes.
Il faut imaginer la scène depuis la salle de contrôle du JPL en Californie. La procédure a nécessité d’éteindre un ensemble d’appareils alimentés à bord de Voyager 2 et de les remplacer par des alternatives à plus faible consommation, tout en s’assurant que la sonde reste suffisamment chaude pour continuer à fonctionner dans le froid extrême de l’espace interstellaire, où les températures avoisinent le zéro absolu, environ -273°C. Un seul faux pas dans l’enchaînement des commandes, et c’est un capteur entier, voire la sonde tout entière, qui pourrait basculer dans le silence radio définitif.
Le délai de communication n’aide évidemment pas à dormir sur ses deux oreilles. Les commandes envoyées depuis le Deep Space Network du JPL mettent environ 20 heures pour atteindre Voyager 2 dans un sens, et encore 20 heures pour le signal de confirmation. Près d’une journée et demie d’attente, donc, entre l’envoi de l’ordre et la certitude que tout s’est bien déroulé. Le responsable de mission Voyager au JPL a résumé l’ambiance dans les équipes : « Chacun de nous aime ces sondes, et donne généreusement de son temps libre, le soir et le week-end, alors ressentir que nous avions prolongé la vie de la sonde et le retour scientifique de deux ans ou plus, c’était de l’accomplissement et de la joie ; c’était une tâche difficile et notre travail acharné a été récompensé. »
Ce que ça signifie pour l’avenir des deux jumelles
Concrètement, les économies réalisées grâce au Big Bang devraient fournir suffisamment d’énergie pour maintenir les trois instruments de Voyager 2 en fonctionnement pendant au moins une année supplémentaire. Ces trois survivants, le magnétomètre, le sous-système d’ondes plasma et le sous-système de rayons cosmiques, continuent ainsi de scruter un territoire que seule cette sonde a jamais exploré : l’espace interstellaire, hors de la bulle protectrice du Soleil.
La suite logique de l’histoire se joue déjà côté Voyager 1, plus éloignée encore et plus fragilisée. Voyager 1 est descendue à deux instruments en fonctionnement. Son niveau d’énergie a chuté de façon inattendue lors d’une manœuvre de rotation le 27 février, forçant les ingénieurs à agir rapidement, aussi rapidement que possible quand les commandes mettent plus de 23 heures pour atteindre la sonde. L’équipe de mission prévoit d’effectuer le même échange sur Voyager 1, qui est plus éloignée de la Terre que Voyager 2, et de terminer cet effort dans les prochains mois.
L’enjeu dépasse la simple survie d’un instrument de plus. Économiser de l’énergie sur Voyager 1 pourrait prolonger la mission de la sonde. De plus, permettre à l’équipe de relancer l’expérience de particules chargées à basse énergie, un instrument éteint pour économiser de l’énergie en avril. Une résurrection technique qui semblait impensable il y a encore quelques mois, et qui montre que même à 21 milliards de kilomètres de la Terre, avec un signal radio qui met près d’une journée pour faire l’aller simple, l’ingéniosité humaine trouve encore le moyen de gratter quelques mois, voire quelques années, à des machines vieilles d’un demi-siècle.
Sources : jpl.nasa.gov | jpl.nasa.gov