Depuis le 1er novembre 2025, la façon dont l’électricité française est tarifée change en profondeur, et cette révolution tranquille entre désormais dans sa phase la plus massive. À partir du deuxième semestre 2026, 9,3 millions de clients supplémentaires basculent vers de nouveaux horaires d’heures creuses, avec l’introduction d’une saisonnalité entre l’été et l’hiver. Concrètement, une partie de ces foyers va découvrir que l’électricité la moins chère n’est plus réservée à la nuit, mais tombe désormais en plein après-midi. Problème : beaucoup de chauffe-eau, programmés une fois pour toutes il y a des années, continuent de tourner sur l’ancien planning, sans se douter que les règles du jeu viennent de changer.
À retenir
- L’électricité la moins chère ne chauffera plus vos cumulus à 2h du matin, mais vers 13h
- Votre ancienne horloge programmée deviendra coûteuse si vous oubliez de la régler
- Cette bascule massive d’énergie crée ironiquement les pics qu’elle était censée éliminer
Une réforme pilotée par Enedis qui touche 14,5 millions de foyers au total
Au total, 14,5 millions de foyers français ont souscrit une option heures pleines et heures creuses, et parmi eux, 3,5 millions disposent déjà d’horaires conformes aux nouvelles règles et ne verront aucun changement. Pour tous les autres, le déploiement s’organise en deux temps. La réforme a démarré le 1er novembre 2025 avec une première phase ciblée, concernant 1,7 million de clients dont les heures creuses étaient situées sur des créneaux du matin ou de soirée amenés à disparaître, des bascules achevées en juin 2026 qui ont permis de tester la mécanique du nouveau dispositif sans perturber massivement le réseau.
Vient maintenant l’étape lourde. La deuxième étape change d’échelle : selon le calendrier publié par Enedis, elle s’enclenche dès ce second semestre 2026 et concerne 9,3 millions de clients supplémentaires, avec des bascules étalées jusqu’à octobre 2027. Les clients professionnels suivront d’ici fin 2027, et du côté des entreprises, depuis avril 2026, de nouvelles plages d’heures creuses, dont une en journée, sont déjà déployées. Cette réforme n’est pas une lubie administrative : elle découle des dispositions du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE 7) définies par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) en mars 2025.
Pourquoi l’électricité la moins chère se déplace vers midi
Le raisonnement derrière ce chamboulement tient en un mot : le solaire. Avec l’essor du solaire, l’électricité est désormais la plus abondante et la moins chère entre 11h et 17h, quand les panneaux photovoltaïques produisent à plein régime, alors que les heures creuses historiques, héritées de l’ère du tout-nucléaire, récompensaient la consommation nocturne et ignoraient ce nouveau pic de production diurne. Un système pensé dans les années 1980 pour une France 100 % nucléaire ne collait tout simplement plus à la réalité d’un mix énergétique où les toits se couvrent de panneaux.
L’ampleur du phénomène a de quoi surprendre. Enedis estime que la réforme déplacera environ 5 GW de consommation vers les après-midis des mois les plus ensoleillés, soit l’équivalent de la production de plusieurs réacteurs nucléaires. Concrètement, le nombre total d’heures avantageuses ne change pas : le déploiement s’étale jusqu’en octobre 2027, sans modification du nombre total d’heures creuses, qui reste fixé à 8 heures par jour, seule leur répartition horaire évolue. En pratique, les foyers concernés auront au moins 5 heures consécutives la nuit, entre 23h et 7h, et jusqu’à 3 heures en journée, entre 11h et 17h. Et la vraie nouveauté réside ailleurs : la véritable innovation de la deuxième vague réside dans la saisonnalité, puisqu’en été, du 1er avril au 31 octobre, les foyers concernés bénéficieront d’heures creuses l’après-midi en complément de celles de la nuit. L’hiver, en revanche, la logique nocturne reste dominante.
Le piège invisible du chauffe-eau mal réglé
Voici le nœud du problème pour des millions de foyers. Tout dépend de la façon dont le ballon d’eau chaude est raccordé. Si le chauffe-eau est piloté par le contacteur heures creuses du tableau électrique en position Auto, il suit automatiquement les nouvelles plages et il n’y a rien à faire ; mais s’il est piloté par une horloge programmée à la main, il faut la reprogrammer, sinon il chauffera en heures pleines. C’est là que le bât blesse : une horloge mécanique oubliée dans un coin de la buanderie ne va pas se corriger toute seule.
La facture, elle, ne pardonne pas l’oubli. Un oubli ne coupe rien, mais il coûte : un appareil qui continue de tourner sur les anciens horaires consommera en heures pleines, facturées 20 à 30 % plus cher que les heures creuses selon les offres. Sur un chauffe-eau qui tourne plusieurs heures par jour toute l’année, l’addition grimpe vite. D’où l’importance d’un geste simple mais trop souvent négligé : le fournisseur d’énergie doit informer chaque client par courrier ou e-mail au moins un mois avant la modification effective des horaires, ce qui laisse le temps de vérifier et, si besoin, de reprogrammer l’appareil.
Ce basculement massif inquiète aussi les gestionnaires du réseau, pour une raison contre-intuitive : trop de chauffe-eau qui se déclenchent au même instant créent eux-mêmes des pics. Dans un courrier aux fournisseurs d’électricité, la Direction générale de l’énergie et du climat explique que l’asservissement des chauffe-eaux au signal heures creuses entraîne des pics de consommation de l’ordre de 1 GW autour de midi et 2,5 GW vers 13h. Un comble pour un dispositif censé lisser la consommation.
Comment vérifier ses horaires et ne pas se faire piéger
La bonne nouvelle, c’est que tout se vérifie en quelques clics. Trois moyens permettent de connaître ses créneaux : l’écran du compteur Linky en appuyant sur la touche « + », l’espace client du fournisseur ou d’Enedis, ou la facture d’électricité. Autant de réflexes à prendre avant l’arrivée de la lettre d’Enedis annonçant le changement.
Mais la réforme est aussi l’occasion de se poser une question plus large : l’option heures creuses reste-t-elle vraiment intéressante pour votre foyer ? Avant de changer d’offre, il suffit de consulter son espace Enedis et de vérifier si au moins 30 % de sa consommation tombe déjà en heures creuses, qui s’appliquent d’ailleurs 7 jours sur 7 sans différence entre semaine et week-end. Les nouveaux horaires d’après-midi favorisent surtout les foyers présents en journée, télétravailleurs, retraités, familles équipées d’une voiture électrique ou d’une climatisation, tandis qu’un ménage absent toute la journée et déjà peu consommateur la nuit peut avoir intérêt à repasser en option Base, voire à changer d’offre. Une bonne nouvelle pour les propriétaires de panneaux solaires : pour les foyers équipés de panneaux photovoltaïques, ce créneau coïncide avec les heures de production des modules, et l’eau chaude est chauffée au meilleur moment de la journée. De quoi, en associant heures creuses d’après-midi et autoconsommation solaire, transformer une contrainte administrative en véritable coup double sur la facture.
Sources : divertissonsnous.com | bourseinside.fr