Un numéro SIREN absent d’une annonce n’est jamais un simple oubli administratif. C’est souvent le signal que l’animal provient d’un circuit qui échappe à tout contrôle sanitaire, et c’est précisément ce que le vétérinaire consulté a expliqué au propriétaire d’un teckel nain multipliant les soucis de santé dès ses premiers mois. Derrière ce sigle un peu barbare se cache en réalité toute la traçabilité d’un chiot, de sa portée jusqu’à son foyer.
À retenir
- L’absence de SIREN sur une annonce de chiot n’est jamais un oubli administratif
- Un élevage sans SIREN opère hors radar : aucun contrôle sanitaire, génétique ou vétérinaire
- Le teckel nain est une race génétiquement fragile qui souffre encore plus en l’absence d’encadrement professionnel
Le SIREN, ce détail qui n’en est pas un
Depuis le 1er janvier 2016, la loi française a changé la donne pour quiconque vend un chiot ou un chaton. Depuis cette date, une ordonnance au Journal officiel indique que tout particulier souhaitant vendre un chiot ou un chaton qu’il a fait naître devient éleveur et doit se procurer un numéro de Siren auprès de la chambre d’agriculture de son département. Fini le statut flou du « particulier qui vend une portée entre voisins »: c’est la fin de l’élevage amateur au sens ancien du terme, puisque toute personne faisant de la vente de chiots ou chatons devient un professionnel.
Ce numéro n’est pas décoratif. Les vendeurs doivent obligatoirement mentionner sur toute annonce de vente de chiens ou de chats le numéro de Siren, l’âge des animaux à céder, le numéro d’identification ou celui de la mère, l’inscription ou non à un livre généalogique, et le nombre d’animaux de la portée. Une seule exception existe, pour les portées uniques inscrites à un livre généalogique: dans ce cas précis, une dérogation est possible pour celles et ceux qui vendront une portée de chiens de race, qui devront publier le numéro de portée attribué par les livres généalogiques (LOF) au lieu d’un numéro Siren. En dehors de ce cas très encadré, l’absence de SIREN n’a rien d’anodin. Les sanctions donnent d’ailleurs une idée de la gravité du manquement aux yeux du législateur: les vendeurs peuvent se voir appliquer une amende de 750 € pour oubli du numéro SIREN ou du numéro de portée, et jusqu’à 7500 € si le vendeur n’en possède pas du tout.
L’objectif derrière cette réglementation dépasse la simple paperasse. L’idée était de tenter de mettre fin au commerce illégal, au trafic d’animaux et aux différentes fraudes, tout en protégeant les animaux de compagnie, en obligeant chaque vendeur à obtenir ce numéro auprès de la chambre d’agriculture. un vendeur en règle a suivi une formation, déclaré son activité, et s’expose à des contrôles. Un vendeur sans SIREN, lui, opère hors radar. Personne ne vérifie ses conditions d’élevage, la santé des reproducteurs, ni même parfois l’origine réelle des chiots proposés.
Ce que révèle vraiment un élevage non déclaré
Un chiot qui sort d’un circuit non déclaré n’a bénéficié d’aucun des garde-fous censés protéger sa santé. Pas de suivi vétérinaire régulier de la portée, pas de sélection génétique réfléchie sur les reproducteurs, parfois une consanguinité non maîtrisée pour multiplier les portées rapidement. Le certificat vétérinaire, obligatoire même pour une cession gratuite selon plusieurs cliniques vétérinaires consultées, devient dans ces circuits une simple formalité bâclée, voire totalement absente.
C’est là que le lien avec les soucis de santé du chiot prend tout son sens. Un éleveur déclaré et sérieux évite en théorie de reproduire des chiens porteurs de tares héréditaires connues. Dans un élevage clandestin, cette vigilance disparaît purement et simplement, faute de contrôle et souvent faute de connaissance réelle de la génétique canine.
Le teckel nain, une race déjà fragile par nature
Le teckel nain cumule un handicap de départ : sa morphologie même le prédispose à des pathologies lourdes, indépendamment des conditions d’élevage. Il fait partie des races naturellement chondrodystrophiques, le fait qu’il soit aussi court sur pattes correspondant à une malformation d’origine héréditaire des os longs, la chondodystrophie. Cette particularité a un prix : la discopathie dégénérative est la maladie la plus courante chez le teckel, puisqu’elle concerne un chien sur quatre, cette anomalie morphologique génétique liée au nanisme affectant la formation et la croissance du cartilage. Les symptômes ne sont pas anodins: ils se manifestent d’abord par des douleurs sévères et des difficultés à bouger, avant d’évoluer vers une paralysie plus ou moins importante des pattes arrière, parfois des quatre membres.
D’autres fragilités s’ajoutent à ce tableau déjà chargé. L’hypothyroïdie, maladie endocrinienne fréquente chez le teckel causée par une baisse de la sécrétion d’hormone thyroïdienne, s’explique par une prédisposition raciale. Côté yeux, la race n’est pas épargnée non plus : des troubles oculaires sont observés chez nombre de teckels, la myopie étant la plus fréquente sans être la plus grave, l’animal pouvant aussi souffrir d’atrophie rétinienne progressive, de cataracte, de glaucome ou de décollement de la rétine. Chez les variétés à poil dur en particulier, une maladie neurologique héréditaire guette également: la maladie de Lafora, une forme d’épilepsie myoclonique d’origine héréditaire, à laquelle le Teckel Nain à poil dur est prédisposé.
Ces prédispositions existent chez tous les teckels, peu importe leur origine. Mais un élevage sérieux et déclaré cherche justement à limiter leur transmission, en écartant les reproducteurs les plus à risque et en assurant un suivi vétérinaire dès la naissance. C’est précisément ce filtre qui disparaît quand le SIREN manque à l’appel: le vétérinaire n’expliquait donc pas un mystère, il pointait simplement l’absence du seul mécanisme censé limiter les dégâts sur une race déjà génétiquement exigeante.
Avant toute adoption, vérifier la présence du numéro SIREN sur l’annonce, demander le certificat de naissance LOF pour un chiot de race, et exiger le carnet de santé rempli par un vétérinaire ne relève pas de la paranoïa administrative. C’est, très concrètement, la seule garantie qu’un professionnel a posé un regard sur la portée avant qu’elle n’arrive chez vous, un détail qui, pour un teckel nain, peut littéralement changer toute son espérance de vie en bonne santé.
Sources : caracterres.fr | vet-lyzeron.com