Votre chat se fige la bouche entrouverte devant une odeur inconnue : ce n’est pas une nausée, c’est ce qu’il essaie de lire une seconde fois

Un chat qui reste figé, gueule entrouverte, babines légèrement retroussées et regard perdu dans le vide face à une odeur inconnue ne va pas vomir. Il traite l’information olfactive une seconde fois, via un organe caché sous son palais que la science appelle l’organe de Jacobson. Ce comportement, baptisé réflexe de Flehmen, n’a rien d’inquiétant : c’est au contraire la preuve que son système sensoriel tourne à plein régime.

À retenir

  • Un organe secret derrière les dents de votre chat lui permet de « lire » des odeurs invisibles au nez classique
  • Le réflexe de Flehmen sert surtout à décoder les phéromones et messages chimiques des autres animaux
  • La grimace de votre chat lors de ce comportement n’a rien à voir avec le dégoût ou la nausée

Une grimace qui n’en est pas une

La scène est classique pour qui vit avec un chat : l’animal renifle un objet, un coin de tapis, une chaussure fraîchement rentrée de l’extérieur, puis se fige soudainement. Quand il fait cette tête, votre chat ne fuit pas une odeur affreuse, il se penche au contraire dessus avec une curiosité extrême, bloquant volontairement sa respiration normale pour mieux « attraper » certaines molécules. Les vétérinaires ont un nom précis pour ce comportement : ils l’appellent le réflexe de Flehmen.

Le mot vient tout droit d’Allemagne. Le terme provient du verbe allemand flehmen, « retrousser la lèvre supérieure », lui-même issu du haut-saxon flemmen, qui signifie « avoir l’air méchant ». Ironique, quand on sait que la fonction réelle du comportement est purement analytique et n’a strictement rien à voir avec l’agressivité ou le dégoût. D’ailleurs, ce n’est pas propre aux chats domestiques. Les félidés de toutes sortes présentent cette réponse, ainsi que de nombreux autres animaux : chevaux, girafes, chèvres, buffles, moutons et cerfs. Même les grands félins comme les lions et les tigres l’utilisent abondamment dans la nature.

L’organe de Jacobson, ce lecteur d’odeurs invisible

Tout se joue derrière les incisives supérieures du chat. L’organe voméronasal est constitué de deux sacs remplis de liquide situés dans le palais, reliés à la cavité nasale par le canal nasopalatin, deux petits conduits situés juste derrière les dents de devant. En gardant la bouche entrouverte quelques secondes, le chat aspire littéralement les molécules odorantes vers cette structure. C’est ce qui permet aux chats d’attirer les odeurs dans la bouche plutôt que dans le nez, où l’organe voméronasal analyse alors l’information et la transmet directement au cerveau.

Ce circuit n’a rien à voir avec l’odorat classique. Le nez d’un chat détecte déjà des quantités impressionnantes de composés volatils ; l’animal possède plus de 200 millions de récepteurs olfactifs dans le nez, soit environ 40 fois plus que nous. Mais l’organe de Jacobson traite une autre catégorie de signaux, plus subtile encore. En passant par cette voie, le chat peut détecter des composés chimiques grâce à des nerfs qui mènent directement au cerveau, même des odeurs indétectables autrement. On parle souvent d’un sens hybride, à mi-chemin entre goût et odorat. Ce mécanisme est d’ailleurs décrit comme une sensation qui se situe quelque part entre le goût et l’odorat, permettant au chat de collecter des informations plus nuancées que par le seul odorat classique.

Reste la question qui intrigue tout le monde : que cherche-t-il exactement à « lire » ? Principalement des phéromones, ces messages chimiques laissés par ses congénères. Les chats utilisent leur organe voméronasal pour traiter les phéromones et les hormones sécrétées par d’autres chats, un élément essentiel de la communication féline qui sert à marquer un territoire, signaler une disponibilité à la reproduction ou garder le contact avec ses petits. Un seuil de porte, un sac de courses posé sur le sol, des chaussures qui reviennent de l’extérieur : chaque objet devient un véritable bulletin d’informations pour son organe voméronasal, chargé de traces laissées par d’autres animaux croisés dans la journée.

Quand la posture doit rester rassurante, et quand elle inquiète

La bonne nouvelle, c’est que ce comportement est banal et sans gravité dans l’immense majorité des cas. La plupart des chats affichent ce réflexe de temps à autre, particulièrement lorsqu’ils rencontrent des odeurs fortes comme des marquages urinaires, des objets inconnus, ou même la sueur humaine. Il suffit d’observer quelques secondes : le nez se fronce, la lèvre supérieure se retrousse légèrement, la bouche reste entrouverte, sans bruit, sans agitation particulière. Puis le chat reprend son activité normale comme si de rien n’était.

Il existe toutefois une vraie limite entre le réflexe normal et un signe d’alerte respiratoire. Tant que la bouche reste entrouverte quelques secondes, sans bruit, sans halètement ni agitation, il s’agit d’un Flehmen normal, alors qu’une respiration bouche ouverte prolongée, bruyante, avec salivation ou langue qui bleuit doit conduire à consulter un vétérinaire sans attendre. La distinction est simple à retenir : le Flehmen dure quelques secondes et s’arrête de lui-même, tandis qu’une détresse respiratoire persiste et s’accompagne d’autres symptômes visibles.

Un détail amuse souvent les propriétaires : ce comportement se déclenche parfois de façon spectaculaire quand un chat renifle l’arrière-train d’un congénère, particulièrement après une flatulence. La grimace qui suit, aussi comique soit-elle, obéit exactement au même mécanisme sensoriel. Chez les grands félins sauvages, la fonction va plus loin encore : elle sert d’outil de survie. Quand un lion mâle capte l’odeur d’un autre lion dans les parages, le réflexe de Flehmen l’aide à déterminer s’il s’agit d’un ami, d’un rival ou d’une partenaire potentielle, et peut même révéler si l’autre animal est malade ou stressé. Chez le chat de salon, l’enjeu est nettement moins dramatique, mais le principe reste identique : décoder un monde chimique invisible que l’odorat seul ne parvient jamais à saisir complètement.

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